Le tatouage dans le temps et l’espace

Roger-Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts visuels À Paris, au Quai Branly, une expo forte en gueules fait le point sur cette pratique.

L’expo est avenante et forte en gueules et démonstrations. En images, films et objets de tous les continents. Soixante-deuxième d’une liste déjà bien longue d’événements assortis du sigle "Quai Branly", elle vient à son heure, comme le soulignait Stéphane Martin, président de l’institution chère aux Jacques, Chirac et Kerchache.

"Ce projet, nous le nourrissions depuis longtemps, car le tatouage est, plus que jamais, présent dans notre quotidien. Au point même que, parfois, on entend parler d’overdose. Etre snob de nos jours, c’est surtout ne pas avoir de tatouage sur le corps !" Il est vrai… Qui a regardé le Mondial de foot l’aura constaté : les belligérants tatoués s’y ramassaient à la pelle. Et au Botanique, à Bruxelles, l’expo des photos des Diables rouges par Stephan Vanfleteren est explicite : nos Diables ont sacrifié à la pratique, Witsel en tête.

Pour Stéphane Martin, "le phénomène de la mondialisation a exacerbé la tendance et les appropriations sont devenues légion en dehors de la zone d’influence initiale : un grand maître du tatouage japonais est suisse !"

Une histoire

Il y a des maîtres et des copieurs, comme le démontre une manifestation qui nous conte l’histoire du tatouage, ses écoles, ses styles. Des styles entrés dans l’histoire de l’art et dans toutes les librairies via des livres instruits. L’excellent catalogue de l’exposition fait d’ores et déjà figure de bible.

Anne & Julien, fondateurs de la revue "Hey/modern art Pop culture", performers, journalistes, auteurs, réalisateurs, sont les commissaires de cette plongée au cœur du tatouage. Ils ont voulu dresser un arbre généalogique du phénomène ainsi qu’un panorama du tatouage à travers les âges et régions.

Le président Martin le soulignait : "Ce n’est pas une expo sur l’ethnologie du tatouage mais sur le monde du tatouage." Phénomène social aidant, elle sera la plus longue (en durée) à ce jour du Quai Branly qui l’annonce jusqu’au 18 octobre 2015.

Et des dates

C’est au "tatau" polynésien, observé au XVIIIe siècle par l’équipage du capitaine Cook, que le tatouage doit son nom. Qui connaît les arts d’Afrique et d’Océanie sait combien les tatouages - qui furent aussi scarifications selon les ethnies - ont marqué les sociétés primitives en fonction des rites, des cultes, des appartenances.

La colonisation éradiqua ces pratiques et le tatouage se marginalisa. Durant certains conflits, il marqua au fer rouge des condamnés et des prisonniers. Entre-temps, au XIXe, il fut aussi objet de fierté. L’expo nous apprend que, de nos jours, les échanges internationaux entre une poignée de tatoueurs activistes "ont permis de développer les codes et les techniques du tatouage contemporain".

L’exposition "Tatoueurs, tatoués" témoigne ainsi de l’actualité du tatouage, sans faire l’impasse sur ses origines historiques et géographiques.

Diaporama

Un diaporama de tatoués actuels est révélateur d’une pratique qui a ses originalités, le tatouage s’accompagnant souvent d’attributs d’oreilles ou de nez fort divers, insolites.

Bravant les âges, certaines sources indiquent que les Croisés avaient les bras tatoués de croix en souvenir de leurs voyages pour défendre le tombeau du Christ.

Des figurines et portraits d’Egyptiennes, Tunisiennes, Algériennes rivalisent de tatouages distincts quand, plus horrible, des survivants du Goulag montrent de quels tatouages ils devaient se pavaner.

Le monde forain ne fut pas en reste, pas plus que les artistes des Folies-Bergère, du Jardin de Paris, de l’Alcazar d’été : en 1950, Robert Doisneau tira le portrait de Richardo, entièrement tatoué.

L’expo est aussi l’occasion d’un voyage à travers l’espace, du Japon à l’Amérique latine… Masques, images, photos, membres en silicone décorés, tout y passe et on se pique au jeu.

Musée du Quai Branly, Paris 7e. Jusqu’au 18 octobre 2015. Passionnant catalogue "Tatoueurs, tatoués", coordonné par Anne & Julien, Sébastien Gaillot et Pascal Bagot, Editions Branly/Actes Sud, 304 pages, 220 illustrations couleurs, relié, 45 €. Infos : www.quaibranly.fr

Bruxelles-Paris en 1h22 : www.thalys.com

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