Arts et Expos Le Théâtre National se sent le vent en poupe. Il a fidélisé un large public autour d’un théâtre que son directeur, Jean-Louis Colinet, qualifie de "généreux". "Un théâtre de découvertes. Nous avons eu 21 créations ces deux dernières saisons. Nous avons réuni un public séduit par les questions très actuelles abordées par nos spectacles, que ce soit Pommerat, Murgia, Tom Lanoye, ou "Missie". Notre public vient car il se sent interpellé, concerné."

Jean-Louis Colinet cherche plus la "singularité" que l’expérimentation et les succès du "Signal du promeneur" et de "Discours à la Nation" en sont des exemples.

Comme les autres théâtres, le National a déposé son projet de contrat-programme pour 2014-2019 avec une demande de subvention égale à 2010 mais, cette fois, indexée. Et il ne travaillera plus qu’avec quatre artistes associés afin "d’être plus ouvert à d’autres propositions" (Pommerat, Murgia, le Raoul Collectif et Michèle Noiret).

Pas toucher à l’artistique

"Il faut maintenant que le National opère un nouveau virage et s’intéresse encore plus aux jeunes créateurs. Dans les années 70, il y eut de nouvelles structures pour accueillir les nouveaux talents, c’est le National qui doit cette fois accueillir la génération nouvelle." Il veut inscrire cette nécessité dans le futur contrat-programme qui viendrait en plus de celle d’être "un théâtre ouvert au tissu théâtral francophone belge."

La saison prochaine, il y aura cinq créations, dont de jeunes, "un peu moins que les années précédentes à cause du gel persistant de nos subventions." Colinet fait à cet égard une proposition. On distingue dans un budget, la part "artistique" et celle fixe (emplois fixes, frais du lieu, etc., ce qu’on appelle le "théâtre en ordre de marche", le TOM). Quand une subvention diminue, le TOM reste souvent incompressible et tout l’effort porte sur le variable, c’est-à-dire, l’emploi artistique. Colinet propose que dorénavant, tout effort porte de manière égale sur les frais fixes et sur l’artistique pour aider ce dernier.

On trouve sur le site le programme 2013-2014, dont l’arrivée de Mathurin Bolze et Agnès Limbos qu’on avait adorés au dernier festival XS.

Guy Cassiers

Le Théâtre National va intensifier sa collaboration avec la Flandre. D’abord, il recommence avec le KVS, le festival "Toernee général" qui échange les meilleurs spectacles du National, qui seront joués au KVS et inversement, chaque fois surtitrés.

Le public du National découvrira ainsi "An Old Monk" de Josse De Pauw et Kris Defoort, "Raymond" avec encore Josse De Pauw dans le rôle de Raymond Goethals, "Nine finger", performance de Fumyo Ikeda et Benjamin Verdonck, mis en scène par Alain Platel, "A Louer" de Peeping Tom, "Missie" d’après David Van Reybrouck et un concert d’Arno.

En "échange", le KVS découvrira "Discours à la Nation", "Le signal du promeneur", etc.

Mais le National va plus loin. Guy Cassiers, directeur du Toneelhuis d’Anvers et un des plus grands metteurs en scène européens, a proposé au National (associé au Kaaitheater) de reprendre à Bruxelles ses deux créations 2013-2014, Macbeth et Hamlet (Hamlet adapté par Tom Lanoye et joué par une femme, la grande actrice Abke Haring). Macbeth viendra au National et, en échange, le Toneelhuis accueillera trois spectacles phare du National : "Cendrillon" de Pommerat, "Le signal du promeneur" du Raoul Collectif et "Chronique d’une ville épuisée" de Fabrice Murgia. "C’est une prise de position importante, souligne Jean-Louis Colinet. Guy Cassiers nous accueille et vient jouer sur la grande scène francophone, c’est un signe volontariste d’ouverture au moment où la ville d’Anvers a une direction N-VA."

"En plus, ajoute-t-il, nous avons décidé de faire, en 2014-2015, une coproduction avec Guy Cassiers qui mêlera des comédiens francophones et néerlandophones. Cela se fera aussi en partenariat avec Mons 2015 dont nous serons la tête de pont à Bruxelles."

L’international

Jean-Louis Colinet souligne aussi la nécessité (c’est inscrit dans son contrat-programme) pour le National d’être ouvert à l’international. On sait qu’il anime un important projet européen, "Villes en scène", avec cinq autres grands théâtres européens. "Dans ce cadre, nous créerons en mai 2014, à la Bourse, le nouveau spectacle du grand metteur en scène brésilien Antonio Araujo, "Dire ce qu’on ne pense pas…". Un spectacle qui ira ensuite directement dans le "in" du Festival d’Avignon 2014. L’arrivée d’Olivier Py à la tête du Festival sera importante pour nous, car il a annoncé qu’il y prolongerait le projet "Villes en scène" et nous serons donc coproducteurs de quatre spectacles du prochain "in", dont un nouveau spectacle de Fabrice Murgia."

Le Congo

Dernier volet : Kinshasa, où Colinet vient de se rendre avec Fabrice Murgia pour y suivre le festival "Connexion Kin" organisé par Jan Goossens, le directeur du KVS. "C’était ma première visite à Kinshasa et j’en fus pour le moins marqué. Ce festival est formidable, c’est un geste magnifique de Jan Goossens de vraie coopération au développement. Je plaiderai en Belgique pour que notre coopération au développement intègre la culture et la place des artistes congolais si importante pour l’affirmation d’un pays. Il y avait là, un nombre incroyable de programmateurs du monde entier. J’y ai vu de grands artistes et j’ai constaté le travail formidable de la délégation Wallonie-Bruxelles sur place. Bref, nous allons voir comment agir. D’abord, sur le plan de la formation en accueillant par exemple des acteurs congolais en résidence. Nous pourrions aussi aller au prochain festival avec nos spectacles."

Infos : www.theatrenational.be

Rencontre Guy Duplat