Arts et Expos

Au Jeu de Paume, les leçons de photo-reportage de Susan Meiselas. Avec aussi Raoul Hausmann.

Avec deux expositions consacrées aux photographes Susan Meiselas et Raoul Hausmann, le musée du Jeu de Paume explore deux manières d’aller au-delà de la photographie.

La plus intéressante est celle de Susan Meiselas, Américaine née en 1948 à Baltimore et membre de Magnum. Son travail est une réflexion sur le pouvoir et les limites de la photographie.

Elle est célèbre pour sa couverture des guerres au Nicaragua et Salvador, de 1978 à 1983. Elle a suivi tout particulièrement la révolution sandiniste et a apporté des images d’une grande force comme cette porte rouge avec des traces de mains blanches des escadrons de la mort. Ou les ombres projetées de soldats fouillant les voyageurs. Sa photographe d’un homme lançant un cocktail Molotov est devenue l’icône de cette révolution, déclinée sur les murs du Nicaragua et les tee-shirts des sandinistes.

© � Susan Meiselas/Magnum Photos

Pour cette exposition, elle va au-delà de l’image choc. Elle a disposé ses reportages sur les murs, en trois couches : en bas, les matériaux « brut » (planches contact, légendes, contexte), au milieu, les photographies qu’elle a sélectionnées pour ses expos, et au-dessus, celles qui furent choisies par les grands magazines du monde. De quoi voir en un coup d’oeil que cette sélection éditoriale s’est faite sur base du « sensationnel » ou de l’esthétique et pas forcément de la signifiance.

Elle ajoute des vidéos pour permettre une contextualisation. On y voit ainsi l’homme au cocktail Molotov interrogé quelques années plus tard, heureux d’être ce « héros », mais expliquant qu’il était là un peu par hasard !

© � Susan Meiselas/Magnum Photos

Au long cours

Susan Meiselas pratique le reportage au long cours sur plusieurs années. En enquêtant au début des années 90 sur les massacres des Kurdes au nord de l’Irak par Saddam Hussein, elle pousse encore davantage ce travail de mise en perspective. Elle y photographie les traces des massacres comme ce petit mur au milieu d’un champ signalant une fosse commune. Mais ce n’est pas suffisant, alors elle demande aux gens des photos anciennes de leurs familles pour raconter l’histoire des Kurdes. Elle en fait une vidéo et dispose ces images dans une vitrine. Elle crée une grande carte du monde pour y épingler les témoignages des exilés.

Quand elle réalise un reportage, elle va au plus près des gens, des victimes, les écoute, s’immerge dans son sujet. Son premier reportage de jeunesse en témoignait: elle avait demandé à tous les habitants de son immeuble de choisir, chacun, une photo de lui dans son lieu de vie et de la commenter. Elle a aussi suivi pendant des années, un groupe de jeunes filles dans Little Italy à New York et a travaillé avec des strip-teaseuses de foire. Pas étonnant qu’on lui ai demandé un travail très sensible sur les violences domestiques.

Pour Susan Meiselas, la photographie seule reste insuffisante si elle ne renvoie pas à une histoire et pour cela elle doit s’immerger dans son sujet et travailler avec ceux qu’elle photographie dans une logique d’échange: prendre leur image et leur rendre un sens.

Avec Raoul Hausmann (1886-1971), on change radicalement de thème et d’époque. Cet Autrichien, mort en France, fut un des pères du mouvement Dada dont on fête les cent ans. Il fut, disaient ses amis, « le plus grand agitateur culturel des années 1920 à Berlin » avec ses assemblages, collages et poèmes « optophonétiques ». Il fut le compagnon de l’excellente artiste de collages, Hannah Höch. Il dut fuir l’Allemagne après l’incendie du Reichstag en 1933 pour Ibiza et puis fuir à nouveau en France. Entre 1927 et 1936, il se passionna pour la photographie et c’est cet aspect qu’expose le Jeu de Paume. Avec des nus voluptueux, des paysages de plages, des gros plans de visages ou l’architecture locale d’Ibiza, son art est plus apaisé que sous Dada, mais par ses expérimentations, il était encore une forme de résistance face au rouleau compresseur de l’Histoire qui le poursuivait depuis Berlin.

Susan Meiselas et Raoul Hausmann au Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 20 mai