Les «arts déco»: splendeur retrouvée

GUY DUPLAT Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS

Trois mois à peine après l'ouverture du musée du Quai Branly, c'est un nouveau musée majeur que s'offre Paris. Depuis dix ans, les fabuleuses collections du musée des arts décoratifs étaient invisibles. Ce vendredi le musée, installé dans une grande aile du Louvre à la rue de Rivoli rouvre ses portes. La grande nef a retrouvé toute sa splendeur. Le faux plafond a été enlevé et la mosaïque au sol restaurée. Tout autour, dans un parcours chronologique sur près de 9 000 m2, dans des salles entièrement rénovées, on peut suivre toute l'histoire des arts décoratifs du Moyen Age à aujourd'hui. Le musée a sélectionné 6 000 objets dans son immense collection de 150 000 objets.

Le musée des arts décoratifs, c'est à la fois un musée type Cinquantenaire ou Victoria and Albert Museum, un musée du design, un musée de la mode, un musée du jouet, etc. On y trouve beaucoup de meubles et d'objets pour embellir les intérieurs, mais aussi tout ce que l'artisanat français a produit de meilleur depuis l'épingle de cravate, jusqu'au vitrail ou au papier peint. Il y a bien sûr, un certain effet d'«overdose» à parcourir ces salles. D'autant que tout n'est pas forcément à notre goût, mas il faut alors se rappeler Stendhal qui disait: «Ce qui a paru délicieux à l'élite de la bonne compagnie d'un siècle, semble le comble du ridicule à la bonne compagnie qui la remplace cent ans plus tard».

Tout au long du musée, des ensembles sont constitués et il y a même, dix magnifiques «period rooms», des pièces entièrement reconstituées du sol aux murs, des plafonds aux meubles, comme elles l'étaient à leur époque. On peut ainsi par exemple s'extasier devant l'appartement de la grande couturière Jeanne Lanvin, rue Barbet-de-Jouy à Paris. Armand Albert Rateau l'avait conçu pour elle dans les années 20, ce lieu d'élégance suprême, riche sans ostentation, moderne sans dissonances et bourgeois sans mesquinerie. Plus loin, on trouve le grand lit si accueillant pour l'amour, dû à l'architecte Edouard Lièvre, de la courtisane Louise Delabigne, beauté rousse et spirituelle qui inspira Zola pour le personnage de Nana. Elle avait pris pour nom de guerre Valtesse de La Bigne.

Le parcours débute au Moyen Age avec des retables, des pièces religieuses, des lits encastrés. On parcourt l'époque classique, s'émerveille du XVIIIe siècle, l'époque des plus grandes extravagances, le siècle de «la douceur de vivre» disait Talleyrand, du moins pour les nobles et les nantis. On y aimait la Chine, le style théâtral, l'or et la rocaille. Le siècle suivant fut plus sobre ou solennel. Quoiqu'il engendra l'incroyable berceau d'apparat du duc de Bordeaux, sorte de pièce montée en bois, ressemblant à un énorme coquillage garni d'une trompe d'éléphant. Le milieu du XIXe siècle croulant sous les bibelots, suscita le concept d'arts décoratifs. L'art nouveau et puis l'art deco firent leur apparition et sont particulièrement bien représentés au musée.

L'art nouveau

On a beaucoup parlé ces dernières semaines de la belle collection art nouveau Gillion Crowet, mais on peut d'ores et déjà admirer à Paris de beaux ensembles de vases d'Emile Gallé avec leurs «marqueteries de verre», et de meubles de Majorelle ou Guimard. On découvrira aussi un ensemble de meubles réalisés vers 1904-1905 par Emile Gallé pour l'hôtel particulier d'Edouard Hannon à Bruxelles. Hannon était ingénieur chez Solvay dont une usine était installée à Nancy où résidait Gallé. Le musée le présente avec un tableau d'Ensor en prime.

L'art déco est tout aussi bien représenté avec des meubles de Robert Mallet Sevens, un beau bureau-bibliothèque entièrement reconstitué, réalisé par Pierre Chareau en 1925 et, pièce étonnante, le voluptueux chiffonnier anthropomorphe d'André Groult (notre photo), en acajou gainé de galuchat, ivoire et charnières argentées qui reproduit un corps de femme. Pour l'époque moderne, on retrouve les meubles de Charlotte Perriand, Le Corbusier ou Eileen Gray. Le parcours chronologique continue jusqu'à l'époque la plus contemporaine. Le choix devient plus international avec, par exemple, une belle sélection des grands designers italiens Mendini, Sottsass et Gaetano Pesce. On retrouve in fine les noms d'aujourd'hui comme les frères Ronan et Erwan Bourroullec et Matali Crasset.

En dehors de ce parcours chronologique, ne manquez pas de voir la galerie des jouets. Le musée possède 1 274 poupées, 144 cirques avec clowns, 27 arches de Noé, 185 robots, etc. Au total, 12 000 jouets, depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours. Il y a ausi - et curieusement - une galerie Jean Dubuffet, le peintre ayant offert au musée - on ne sait trop pourquoi - 21 tableaux, 7 sculptures et 132 dessins. De belles oeuvres placées à la suite des jouets. Le musée possède aussi une belle bibliothèque qu'on peut arpenter religieusement avec sa documentation pieusement rangée dans de vieilles reliures cartonnées alignées sur les étagères.

Un musée à découvrir sans faute.

© La Libre Belgique 2006

GUY DUPLAT

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