Les assemblages de Vic Gentils

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

L'histoire et la vie de Vic Gentils (1919-1997) sont celles d'un artiste puissant qui débuta par la peinture et se retrouva, un jour, en veine de création de reliefs d'abord, d'installations d'assemblages plus tard. Ayant, avec le soutien de la Communauté flamande, pu s'offrir, après dix ans de prêt, l'oeuvre majeure que constitue l'ensemble «Ensor et ses squelettes veulent se chauffer», un hommage au maître ostendais réalisé par Gentils en 1984, le PMMK et Willy Van den Bussche, son mentor, ont naturellement opté pour une revalorisation estivale du travail d'assemblage d'un Vic Gentils, tenu longtemps pour une tête de pont de la création flamande du troisième quart du XXe siècle.

Autour de l'attrayante et savoureuse concrétisation en trois dimensions d'un célèbre tableau et d'une gravure d'Ensor datés 1889, ont donc été déployées neuf autres installations, neuf groupes de figures d'un artiste qui n'était pas sans présenter quelques rapprochements avec le peintre des masques et des mascarades. Un humour volontiers grinçant et un regard pareillement incisif sur choses et gens les rapprochaient mentalement.

Dans les années 60, Gentils s'était fait remarquer par une suite de reliefs qui n'étaient pas sans rappeler ceux de la grande Louise Nevelson. Bien dans le temps, le recours aux matériaux jetables et jetés donnait des idées aux créateurs impliqués dans leur époque. Gentils évolua vers des assemblages de plus en plus évocateurs d'étrangetés baroques, d'univers hétéroclites. Préférant le bois aux autres matériaux, il s'en fit si bien une religion que ses ensembles accusent automatiquement une espèce de noblesse généreuse, même si d'aucuns ont bien vieilli.

C'est le constat que l'on fait en effet devant cette réunion d'objets interpellants qui n'ont plus tous leur force d'impact initiale. Pièces de piano, moulures de pieds de chaises et meubles, moules à chapeaux en ribambelle et les uns sur la tête des autres... Gentils avait cet humour nordique qui fait mouche en corsant la dose d'effets de surcharge. Il savait combien l'entente sociale est illusoire et combien il est ardu de s'entendre au-delà des airs de circonstance. «Le grand jeu d'échecs», «Les huit péchés capitaux», «Le monument à Camille Huysmans», «Les entremetteurs»...

Il y a Gentils qui rit et Gentils qui grince. Il y a une oeuvre qui parfois se perd dans une surenchère anecdotique aujourd'hui dépassée. Il y a aussi un témoignage qui demeure sincère, celui d'un homme à l'écoute du monde.

© La Libre Belgique 2004

Roger Pierre Turine

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