Arts et Expos

Après une enquête quasi policière de 4 ans, le musée Marmottan montre et raconte cette collection.

Comme pour Picasso et Rodin, on n’en finit pas de découvrir toute les facettes de Claude Monet. Le musée Marmottan à Paris est né de la dotation d’une partie de la collection de Claude Monet. C’est son fils et seul hériter, Michel Monet qui lui légua en 1966, nombre de tableaux peints par son père ou collectionnés par lui, ce qui créa vraiment un musée dorénavant appelé « Marmottan Monet ».

De Monet, le fils légua surtout les dernières oeuvres, plus étranges et qui se vendaient mal comme les Nymphéas ou les tableaux que la père avait peints quand il souffrait de la cataracte. Aujourd’hui, ce sont des icônes du musée.

Mais l’essentiel de la collection de Claude Monet avait déjà été vendue par son fils. A la mort du peintre, en 1926, Michel héritait d’une fortune évaluée à 5 millions de francs avec quantité de tableaux dont l’inventaire hélas a disparu pendant les guerre lors d’un bombardement.

Michel menait grand train et avait la passion des coûteux safaris africains qu’il payait en vendant l’essentiel des tableaux légués par son père et d’abord les plus recherchés, ceux de Corot, Renoir, Cézanne.

Pour reconstituer ce que fut la collection, le musée a dû pendant 4 ans, mener une enquête de type policier, recherchant documents et bordereaux de vente, interrogeant les grands musées étrangers. Tâche d’autant plus ardue qu’il n’y avait ni inventaire ni photos car Monet ne montrait par sa collection qu’il entassait dans sa chambre. Les visiteurs à Giverny n’avaient droit qu’aux estampes japonaises.

© Renoir: Madame Monet et son fils, 1874, National Gallery of Art de Washington collection Alisa Mellon Bruce (Cr�dit: courtesy National Gallery of Art Washington)

Un oeil très sûr

Monet avait un oeil très sûr et sa collection comprenait plus de 120 tableaux.On en revoit l’essentiel à l’expo, rassemblés pour la première fois: Renoir, Cézanne, Morisot, Caillebotte, Degas, Pissarro, etc., dont de vrais chefs d’oeuvre méconnus.

Mais au-delà du plaisir de les découvrir c’est l’histoire de la collection qui fascine.

Claude Monet était né en 1840. Sa collection démarre en 1859, mais jusqu’en 1890, il n’est pas riche et les tableaux qu’il possède proviennent d’échanges entre amis ou de cadeaux. Il est émouvant de découvrir le Monet tout jeune, sans barbe, caricaturé par ses amis (Lhullier) ou de le revoir avec sa première femme Camille, peints par Renoir ou Manet. Arrivé un soir à l’improviste chez Monet à Argenteuil, Renoir s’empare ainsi de ses pinceaux et peint Camille avec le petit Jean sur ses genoux, puis il offre le tableau à Monet.

Monet avait une grande amitié pour Berthe Morisot et il échangea ses tableaux contre les siens. Au décès de sa mère Berthe, Julie Manet offrit encore à Monet un beau tableau de Berthe Morisot.

Monet fit aussi des échanges avec Caillebotte et Rodin et l’expo révèle un beau plâtre sur lequel est écrit « Au grand maître C. Monet, son ami Rodin ». Parfois tout se brouille quand dans sa collection, il y a un Boudin … signé Monet ! C’est le fils de Claude Monet, Michel, qui apposa par erreur cette signature croyant que c’était un tableau de son père.

© Paul C�zanne: Le N�gre Scipion, 1866-1868, Sao Paulo Museu de Arte (Cr�dit: Joao Musa)

Monet devient très riche

A partir de 1890, Monet devient très riche. Il reste généreux avec ses amis comme en témoigne cette curieuse histoire avec Pissarro. Pour remercier Monet de lui avoir prêté 15000 francs pour acquérir sa maison, Pissarro veut lui offrir une oeuvre mais Monet veut coûte que coûte celle que Pissarro avait offert à son épouse. Malaise. Mais celle-ci se laisse finalement convaincre de céder son tableau.

A partir de 1890, Monet achète ses tableaux et parfois très cher. Même si les peintres qu’il aime sont sont ses amis, il refuse les prix d’amis et n’achète que via les marchands. Il achète d’abord Renoir, le plus coté, mais aussi Cézanne qu’il découvre tôt, dont il achète pour pas cher, « Le jeune homme au gilet rouge », « Les Baigneurs », « Le nègre Scipion ». C’est alors que se constitue l'essentiel de sa collection.

Elle se compose essentiellement des oeuvres de ses amis, impressionnistes et post-impressionnistes (Cézanne, Signac). Monet obsédé par la lumière et la couleur n’a pas vu Matisse ou Picasso et a, à peine, remarqué Bonnard et Vuillard.

---> Monet collectionneur au musée Marmottan Monet à Paris, jusqu’au 14 janvier