Arts et Expos Sélection Guy Duplat

En Belgique, l’automne sera brésilien et dansera la samba. Le festival Europalia Brésil qui se déroulera du 4 octobre au 15 janvier affiche des chiffres affolants : 500 événements, avec 200 partenaires (des lieux) en Belgique mais aussi dans les pays limitrophes, 1000 artistes brésiliens qui traverseront l’Atlantique et 1500 œuvres d’art qui suivront le même chemin. L’expo phare se tiendra au Bozar et se présente en deux volets. Une expo historico-artistique commencera le 6 octobre et évoquera le Brésil depuis la formation du pays et l’évocation du baroque flamboyant (avec des œuvres de l’extraordinaire sculpteur Aleijadinho). Le second volet démarrera une semaine plus tard avec l’art contemporain depuis la seconde guerre mondiale, ce sera une belle révélation de montrer chez nous la grande créativité des artistes brésiliens (concrétisme, néo-concrétisme, etc.). Le Muhka à Anvers, avec l’expo "Rua" proposera aussi un parcours dans l’art contemporain brésilien (années 60 et 70 et art de la rue).

Au Cinquantenaire, l’expo Europalia sera centrée sur les "Indios no Brasil" (il y a au Brésil 227 peuples indiens différents et 180 langues indiennes). L’art et la culture des différentes sociétés indiennes seront présentés et des groupes de trois peuples viendront à Bruxelles pour des performances spectaculaires. L’influence africaine au Brésil sera abondamment traitée. Par des évocations du candomblé, par exemple, mais aussi par une expo à la Centrale électrique sur des artistes afro-brésiliens contemporains et au Grand Hornu images avec des bijoux afro-brésiliens.

Malgré le raz-de-marée Europalia, il y aura de la place pour de belles surprises. Au Wiels, on découvrira dès le 8 septembre - une révélation pour beaucoup - la rétrospective consacrée à l’artiste polonaise Alina Szapocznikow (1926-1973). Une expo qui sera reprise ensuite par le MoMA de New York. Cette artiste juive, morte prématurément à 47 ans en 1973, est une rescapée de l’Holocauste. Son travail se ressent de ce drame, mais avec un style très innovant et des objets provocateurs, à la fois sexualisés, viscéraux, humoristiques et politiques - à mi-chemin entre le Surréalisme, le Nouveau Réalisme et le Pop Art. Les moulages de ses lèvres et de ses seins teintés et transformés en objets usuels comme des lampes ou des cendriers; tout comme ses formes spongieuses, souvent associées avec des moulages de ventre; ainsi que ses assemblages de sculptures combinés avec des photographies trouvées, restent, aujourd’hui comme à l’époque de leur réalisation, remarquablement incisifs.

Au Château de Gaasbeek, on ne manquera pas de visiter "Sleeping beauties", expo collective au casting ébouriffant : Bill Viola, Michael Borremans, Sophie Calle, David Claerbout, Hans Op De Beeck, etc. Le château devient une machine à rêver à partir du 9 septembre.

A Mons, le BAM aussi affiche une belle liste d’artistes connus pour son expo thématique "Le modèle a bougé", qui tentera "de capter ce qui n’est que transitoire et nous échappe", avec des œuvres de Cartier-Bresson, Orozco, Bellmer ou Brancusi. Dès le 10 septembre.

Le Botanique à Bruxelles, présentera le travail de Bob Verschueren. L’artiste qui travaille avec la nature, les branches, les troncs, les feuilles, créera in situ des œuvres qui seront certainement poétiques, amenant la nature au cœur d’un lieu qui s’appelle justement Botanique. Dès le 15 septembre.

Plusieurs artistes contemporains allemands importants, mais peu connus chez nous, seront cet automne dans les musées flamands. Le Smak présentera le travail de Manfred Pernice (dès le 15 octobre), en articulation avec l’architecture du lieu. Le museum Dhondt Dhaenens s’intéressera à Tobias Rehberger (dès le 23 octobre), jeune sculpteur allemand qui crée des œuvres qu’il met en lien direct avec le public. Il fut récompensé à la Biennale de Venise en 2009 pour sa sculpture-café (le nouveau café des Giardini).

Le Mac’s, au Grand Hornu, rendra hommage à la générosité particulière de Michel François, un de nos plus grands artistes actuels, qui à chacune de ses expositions, offre à chaque visiteur une grande affiche avec une de ses photographies. Ici, il y aura 25 tas de ses affiches, comme 25 "monuments" et les visiteurs pourront tour à tour en prendre l’une ou l’autre.

Début septembre, un "musée des lettres et manuscrits de Bruxelles" s’ouvrira dans les galeries royales Saint-Hubert avec comme expo initiale Georges Simenon, l’écrivain prolifique à succès (on estime que ses tirages représentent, au total, 550 millions d’exemplaires !). On retrouve environ 160 lettres et manuscrits de Simenon ainsi qu’une vingtaine d’écrits de ses contemporains.

Dès le 30 septembre, une exposition originale se tiendra au Cinquantenaire avec l’histoire de la Sabena à travers les costumes des hôtesses ou l’évolution des sièges (au début, ils étaient en rotin !). Jusqu’en 1970, la Sabena réalisait elle-même, ses sièges en atelier. On y voit aussi les différentes affiches vantant la compagnie et des panneaux expliquant les progrès techniques. Sans oublier le coin de l’expo consacré aux tout petits voyageurs que la Sabena a transportés. La compagnie les considérait comme des clients aussi importants que les autres.

Le musée d’Ixelles rendra hommage à une facette moins connue du talent de Jean Dubuffet, artiste majeur du XXe siècle, connu d’abord pour ses peintures et sculptures, et son intérêt pour l’art brut. Mais il s’intéressait aussi à l’architecture et réalisait de grandes œuvres comme des bâtiments où on pénétrait dans son univers (on peut en voir un très bel exemple dans le jardin du musée Kroller-Muller aux Pays-Bas). Le musée d’Ixelles présente cet aspect inexploré de la carrière foisonnante de l’artiste et invite les visiteurs à rencontrer l’univers tridimensionnel du grand artiste (à partir du 20 octobre).

A l’étranger, on pourra admirer plusieurs très grandes expositions.

A Londres, il y aura foule pour voir à la National Gallery, à partir du 9 novembre, l’expo Leonardo da Vinci, juste l’année où on fête les cent ans du célèbre vol de Mona Lisa au Louvre le 22 août 1911. Certes, il n’y aura que sept tableaux de da Vinci et une cinquantaine de dessins, mais c’est déjà énorme et rarissime. Il ne reste que 14 tableaux de Leonardo dont certains sont intransportables. C’est la dernière fois, sans doute, qu’on pourra voir rassemblés tant de ses chefs-d’œuvre.

A Londres toujours, on notera l’exposition sur Degas et la danse qui s’ouvre à la mi-septembre à la Royal Academy of arts. Le même lieu présentera peu après une expo sur l’art et l’architecture des Soviets entre 1915 et 1935. Côté Tate, le grand événement sera la rétrospective Gerhard Richter à partir du 6 octobre, de quoi confirmer la variété dans l’œuvre du grand artiste allemand. Le grand hall des turbines de la Tate sera occupé cet automne par l’excellente Tacita Dean. Notons pour les nombreux amoureux du "lapin volant" au Zoute, devant le Zwin, qu’une rétrospective du sculpteur Flanagan, l’auteur de ces lapins de bronze, s’ouvrira fin septembre à la Tate Britain.

Le Victoria & Albert Museum de Londres parlera cet automne du postmodernisme, tandis que le Design Museum londonien consacrera une expo au travail magnifique des architectes japonais de Sanaa, récents prix Priktzer et auteur du futur Louvre 2, qui s’ouvrira à Lens à l’automne 2012.

En Allemagne, le musée Van der Heydt de Wuppertal (si vous y allez, ne manquez pas de visiter le jardin des sculptures de Tony Cragg qui y travaille), consacre une exposition à l’impressionniste Alfred Sisley.

Aux Pays-Bas, le très beau musée moderniste Gemeente Museum de La Haye présentera dès le 17 septembre, une exposition Mondrian et de Stijl dans la foulée de la grande expo qui a eu lieu au Centre Pompidou à Paris. A Amsterdam, le musée de l’Hermitage proposera dès la mi-septembre, une expo qui nous intéresse au premier chef : la présentation des chefs-d’œuvre de Rubens, Van Dijck et Jordaens venus de l’Ermitage de Saint-Petersbourg.

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