Les fastes de Charles le Téméraire

Jacques Franck Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

La puissance financière, la culture du faste comme argument politique et le génie des artistes de nos provinces ont doté le règne de Charles le Téméraire (1433-1477) d'un éclat prodigieux. Le destin tragique du prince retrouvé mort et nu dans la boue d'un étang de village près de Nancy, le visage à moitié pris dans la glace d'un mois de janvier, l'autre partie rongée par les loups, la tête ouverte de l'oreille à la mâchoire par un coup de hallebarde, lui ont conféré depuis lors comme une noire auréole. Cette mort fut, au premier chef, l'oeuvre des Suisses qui l'avaient déjà battu par deux fois à Granson et Morat. Aujourd'hui, les Suisses lui consacrent une évocation d'une beauté exceptionnelle.

Berne avait été la force motrice des cantons qui s'étaient confédérés contre lui. En décidant de l'évoquer dans une exposition d'une dimension exceptionnelle, le Musée historique de la capitale helvétique a toutefois décidé d'emblée de ne pas magnifier leur victoire militaire, mais de s'attacher à la culture de la Cour de Bourgogne, qui atteignit au XVe siècle un sommet qui n'avait d'égal en Europe que dans l'Italie toscane et lombarde.

Grâce au concours d'une quarantaine de musées, parmi lesquels le Louvre, le British Museum, le Musée historique de Vienne, le Rijksmuseum d'Amsterdam, le Metropolitan de New York, l'exposition bernoise présente plus de deux cents oeuvres d'art dans toutes les disciplines. Notons, en particulier, la statuette-reliquaire en or représentant Charles sous l'égide de St Georges (Trésor de la cathédrale de Liège), le retable de l'homme d'affaires brugeois Willem Moreel, peint par Memling (Musée de Groeninge), six ouvrages superbement enluminés de notre Bibliothèque royale, sans oublier le Missel de Charles, un joyau prêté par le Getty Museum de Los Angeles (voir encadré).

Une remarquable "mise en scène" fait dialoguer ces chefs-d'oeuvre avec le récit historique du règne du Téméraire (Karl der Kuehne, en allemand). Ainsi, par exemple, une tribune en bois de chêne surplombe, dans la plus grande salle du Musée, les armures d'argent de l'empereur Frédéric III et de son cheval, face au trône reconstitué de Charles, lors de leur entrevue à Trêve (1473), au cours de laquelle le duc de Bourgogne chercha en vain à obtenir du chef de l'Empire germanique l'investiture royale qui lui aurait permis de proclamer l'indépendance d'une "Lotharingie" reconstituée entre l'Empire et la France. Art, histoire, usages font l'objet d'un remarquable catalogue en allemand et en français réalisé par une quarantaine de spécialistes (320 illustrations, 64 francs suisses).

Placée sous le triple patronage de nos souverains, du président de la Confédération helvétique et de l'archiduc Charles de Habsbourg, souverain de la branche autrichienne de la Toison d'or, cette exposition réalisée avec le Musée Groeninge et le Bruggemuseum, sera transférée à Bruges l'an prochain (27 mars-21 juillet 2009). Pour la première fois depuis 500 ans, des pièces du fabuleux Butin de Bourgogne, dont des textiles aussi fragiles que précieux conservés à Berne, reviendront sous les cieux qui les virent fabriquer !

En attendant, Berne attend 100 000 visiteurs, et ne ménage pas sa peine pour attirer le grand public : un "Parc médieval" particulièrement dédié aux familles et aux enfants; des tournois sur la Helvetiaplatz devant le Musée; un camp dans lequel une troupe anglaise vivra la vie des artisans et des soldats d'alors. Bref, les Suisses n'ont pas lésiné pour faire revivre leur illustre vaincu.



Jacques Franck

Musée historique de Berne, jusqu'au 24 août (sauf lundi). Rens. : Web www.karlderkuehne.org.

La puissance financière, la culture du faste comme argument politique et le génie des artistes de nos provinces ont doté le règne de Charles le Téméraire(1433-1477) d'un éclat prodigieux. Le destin tragique du prince retrouvé mort et nu dans la boue d'un étang de village près de Nancy, le visage à moitié pris dans la glace d'un mois de janvier, l'autre partie rongée par les loups, la tête ouverte de l'oreille à la machoire par un coup de hallebarde, lui ont conféré depuis lors comme une noire auréole. Cette mort fut, au premier chef, l'oeuvre des Suisses qui l'avaient déja battu par deux fois à Granson et Morat. Aujourd'hui, les Suisses lui consacrent une évocation d'une beauté exceptionnelle.

Berne avait été la force motrice des cantons qui s'étaient confédérés contre lui. En décidant de l'évoquer dans une exposition d'un dimension exceptionnelle, le Musée historique de la capitale hélvétique a toutefois décidé d'emblée de ne pas magnifier leur victoire militaire, mais de s'attacher à la culture de la Cour de Bourgogne, qui atteignit au XVe siècle un sommet qui n'avait d'égal en Europe que dans l'Italie toscane et lombarde.

Grâce au concours d'une quarantaine de musées, parmi lesquels le Louvre, le British Museum, le Musée historique de Vienne, le Ryksmuseum d'Amsterdam, le Metropolitan de New York, l'exposition bernoise présente plus de deux cents oeuvres d'art dans toutes les disciplines. Notons, en particulier, la statuette-reliquaire en or représentant Charles sous l'égide de St Georges (Trésor de la cathédrale de Liège), le retable de l'homme d'affaires brugeois Willem Moreel, peint par Memling (Musée de Groeninge), six ouvrages superbement enluminés de notre Bibliothèque royale, sans oublier le Missel de Charles, un joyau prêté par le Getty Museum de Los Angeles (voir encadré).

Une remarquable "mise en scène" fait dialoguer ces chefs d'oeuvre avec le récit historique du règne du Téméraire (Karl der Kuehne, en allemand). Ainsi, par exemple, une tribune en bois de chêne surplombe, dans la plus grande salle du Musée, les armures d'argent de l'empereur Frédéric III et de son cheval, face au trône reconstitué de Charles, lors de leur entrevue à Trève (1473), au cours de laquelle le duc de Bourgogne chercha en vain à obtenir du chef de l'Empire germanique l'investiture royale qui lui aurait permis de proclamer l'indépendance d' une "Lotharingie" reconstituée entre l'Empire et la France. Art, histoire, usages font l'objet d'un remarquable catalogue en allemand et en français réalisé par une quarantaine de spécialistes (320 illustrations, 64 francs suisses).

Placée sous le triple patronnage de nos souverains, du président de la Confédération helvétique et de l'archiduc Charles de Habsbourg, souverain de la branche autrichienne de la Toison d'or, cette exposition réalisée avec le Musée Groeninge et le Bruggemuseum, sera transféré à Bruges l'an prochain (27 mars-21 juillet 2009). Pour la premièrefois depuis 500 ans, des pièces du fabuleux Butin de Bourgogne, dont des textiles aussi fragiles que précieux conservés à Berne, reviendront sous les cieux qui les virent fabriquer !

En attendant, Berne attend 100 000 visiteurs, et ne ménage pas sa peine pour attirer le grand public : un "Parc médieval" particulièrement dédié aux familles et aux enfants ; des tournois sur la Helvetiaplatz devant le Musée ; un camp dans lequel une troupe anglaise vivra la vie des artisans et des soldats d'alors. Bref, les Suisses n'ont pas lésiné pour faire revivre leur illustre vaincu.

Jacques Franck

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