Arts et Expos

En ce temps-là, les Pays-Bas méridionaux étaient sous la tutelle de l’empereur d’Autriche Joseph II et de l’impératrice Marie-Thérèse. Et pour la première fois, tout un pays -le territoire de ce qui est aujourd’hui la Belgique- a été cartographié avec précision dans des cartes d’une grande beauté. Cette première se passait avant la révolution industrielle qui bouleversa l’organisation du paysage. Ces cartes sont donc un exemple unique du territoire sous l’ancien régime.

Aujourd’hui, chacun peut consulter à nouveau ces cartes grâce à un livre somptueux et monstrueux (quasi intransportable), édité par Lannoo et Racine. Il pèse 11 kg, mesure 51 x 40 cm et compte 600 pages pour 129 euros. Il reprend les fac-similés de toutes les cartes et un index complet de 4 000 noms de lieux (villes et villages toujours actuels). L’éditeur en a fait imprimer 4000 exemplaires en Chine, et a prévu de les placer dans de vraies valises en carton. Il explique que s’il avait fait imprimer l’ouvrage en Belgique, il aurait coûté 500 euros ! Mais on peut aussi consulter ces cartes gratuitement sur le site "http://belgica.kbr.be > collections > cartes et plans > Ferraris" où tous les détails sont visibles, avec possibilité de zoomer. Car toutes ces cartes ont été scannées grâce au projet de bibliothèque européen Europeana et ces scans ont servi de base au projet éditorial.

Ce travail fut exécuté de 1770 à 1777 à la demande de Charles de Lorraine, le gouverneur qui dirigeait la Belgique pour le compte de l’impératrice, par le général comte Joseph-Jean-Fançois de Ferraris (1726-1814) à l’échelle de 7,5 lignes pour cent toises, soit 1 : 11520. Dessinées en couleurs à la main, il y en eut trois exemplaires : à la Bibliothèque royale à Bruxelles, au Kriegsarchiv de Vienne et au Rijksarchief à La Haye. Les cartes couvrent aussi "les principautés de Liège et de Stavelot". Pour le livre, elles ont été légèrement réduites pour arriver à l’échelle 1 : 20000.

Les cartes comprennent 275 feuillets de 135 cm sur 85 cm de haut, chaque carte étant divisée en quatre. On y trouve dans un code de sept couleurs la topographie, les ponts et moulins, les rivières. On distingue même les matériaux utilisés (bois, pierre, etc.) L’utilisation des couleurs permet de différencier les éléments physiques du paysage. L’affectation du sol a été subdivisée en un nombre limité de catégories dans un but militaire (bois avec ou sans sous-bois, zones bâties ou non, haies etc.). Les mémoires explicatifs joints fournissent en outre des commentaires sur les cultures et les affectations du sol. Ils indiquent les possibilités d’usage du réseau routier selon les saisons. L’industrie charbonnière et les activités préindustrielles sont indiquées sur la carte. Bref, c’est un témoignage unique de nos paysages et villages au XVIIIe siècle avant la révolution industrielle qui a entièrement refaçonné le paysage. Les autres cartes anciennes complètes ne datent que de cette époque industrielle. Dans les cartes Ferraris, on voit ainsi comment les communes bruxelloises étaient toujours des villages champêtres. Chacun peut s’amuser à retrouver sur ces cartes l’endroit où il vit aujourd’hui, et voir comment le paysage se présentait il y a 240 ans.

Une expo à la Bibliothèque royale accompagne l’événement afin d’expliquer l’origine des Ferraris et les moyens utilisés à l’époque pour cartographier le pays. Ces cartes furent volées par l’Allemagne en 14-18 mais un conservateur habile se battit auprès des autorités pour obtenir la restitution des Ferraris.

"Le grand atlas de Ferraris", 600 p., 129 euros, Lannoo et Racine et http://belgica.kbr.be > collections > cartes et plans > Ferraris. Expo jusqu’au 10 octobre, le mercredi et samedi de 13h à 17h