Arts et Expos Photographie Mort en 2006, le Malien a mis en boîte la jeunesse de Bamako à partir des années 1960.Roger Pierre Turine A Paris

Belle rétrospective à la Fondation Cartier pour un homme simple qui, toute sa vie, aura mis un honneur à témoigner simplement, par l’image, de la vie des gens.

Installé à Bamako, vivier de photographes et Seydou Keïta en fut l’un des joyaux, Malick Sidibé (1935-2016) aura promené sa bonhomie avec l’assurance de confier au monde une image authentique de la vie de son temps.

Nous l’avons rencontré à maintes reprises : dans son studio de Bagadadji son quartier de Bamako, à la Fondation Zinsou à Cotonou, à Paris, à Bruxelles, et toujours, un vaste sourire mangeait le visage du tireur de clichés. Nous l’avons vu photographier des enfants en jouant avec eux, les interpellant pour un geste approprié, leur lançant le ballon pour qu’ils s’en amusent naturellement face à sa caméra.

Solidarité africaine

Commissaire de l’exposition, André Magnin l’avait révélé dans l’exposition fameuse "Les Magiciens de la Terre" en 1997. Il l’a exposé dans sa galerie, dans les foires et, petit à petit, le modeste paysan de Soloba, son village natal qu’il aidait de ses dons, estimant avoir à rendre à la société ce que son métier lui accordait, Sidibé est devenu un fer de lance de la créativité noire. Et de cette solidarité africaine réelle encore de nos jours. Certains, peu scrupuleux, en profitent aisément. Sidibé en était conscient, n’en avait cure.

Pour bien ajuster l’ambiance malienne et les à-côtés de tels univers créateurs, une scénographie attrayante encadre les dizaines de photos de Sidibé réparties sur deux étages. Il y a l’atelier de création de marionnettes du magnifique Yaya Coulibaly et de sa Compagnie Sogolon, qui perpétue le respect et les frayeurs des croyances traditionnelles.

Tout à côté, le Ghanéen Paa Joe a sculpté un Rolleiflex (appareil fétiche de Sidibé) de bois, façon monumentale. Et les peintures du Congolais JP Mika revisitent, en mode populaire, les soirées de ces "ambianceurs" qui furent les modèles du photographe.

Et puis, on entre en Malick Sidibé comme on va à la rencontre d’un ami qui, festivités terminées, vous en affichait les images sur les parois de son petit studio très primitif.

Introduits par un panneau reprenant tous les patronymes des groupes des surprises-parties de Bamako au lendemain de l’Indépendance, en 1960, noms empruntés à une foule d’idoles, il nous reste à faire la fête en cette joyeuse compagnie qui est aussi celle des "bals poussière" improvisés à l’écart. Et voilà "Les jeunes sympathiques", "Les chauves-souris", "Les charmeurs déchaînés", "Les cancres"… Si une des salles nous réserve la surprise de clichés "vintage", de très petits formats, la plupart des photographies aux cimaises sont des tirages argentiques modernes.

"Je faisais les tirages à mon retour des soirées, parfois jusqu’au petit matin… Je les affichais devant le studio. Tous ceux qui avaient participé aux soirées étaient là et se marraient en se voyant sur les photos… Seuls les garçons les achetaient et les offraient en souvenir aux filles…"

Temps bien révolus à l’heure des portables et des envois presto ! "Nuit de Noël au Happy Club" (1963), "Dansez le twist" (1965), "Regardez-moi avec mes verres fumés et ma casquette" (2005)… Peu importe l’année et le sujet : Malick Sidibé a toujours eu l’art, soit de faire poser ses modèles dans des attitudes représentatives de leur statut, soit de tirer au quart de tour une scène qui lui plaisait et révélait une ambiance festive.

Compositions ajustées, contrastes lumineux en noir et blanc, animations de quartier, scènes joyeuses sur les rives du fleuve Niger… "Je crois au pouvoir de l’image", disait-il avec raison.

Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, 75014 Paris. Catalogue. Jusqu’au 25 février. Infos : www.fondation.cartier.com