Les premières années de Picasso à Paris

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos à Amsterdam

Entrer dans le musée Van Gogh est un rare moment de retrouvailles avec un artiste qui résume à lui seul le combat de l’homme pour s’affranchir de l’anonymat. Quand, en outre, ce même Vincent Van Gogh accueille un autre géant, venu du Sud, Pablo Ruiz Picasso, la cause est entendue : il y a matière à s’enivrer. Limitée aux premiers accents conquérants d’un démiurge en veine bientôt de plier son siècle à ses fantaisies créatrices, l’exposition est un modèle du genre sur les divers plans de l’info, du choix des œuvres aux cimaises, de la présentation de tableaux clés.

Picasso (1881-1973) débarque à Paris à 19 ans et les visiteurs de son musée de Barcelone savent quel métier il possédait dès ses douze ans. Un métier mais pas encore une conscience suffisante de l’art pour s’ériger au-dessus de la mêlée des faiseurs de pochades. Il ne lui faudra guère de temps pour y parvenir ! Ses premiers tâtonnements et dessins d’étudiant rebelle derrière lui, Picasso gagne Paris, quittant, sans le savoir, son Espagne natale pour de bon. Paris n’est-il pas le point de ralliement de toute l’Europe picturale moderniste ? Il y découvre les fortes personnalités post-impressionnistes, Van Gogh, Gauguin et Toulouse-Lautrec en tête. Si le premier s’est tiré une balle en plein cœur, le deuxième retranché au loin dans les îles polynésiennes, le troisième décède quelques mois plus tard, en 1901. Rien ne rebute le taureau fonceur, provocateur. En moins de dix ans, il aura confié sa touche percutante au siècle le plus fou et novateur en matière d’arts plastiques.

Picasso a toujours cultivé l’art de repérer, dans les arts anciens, antiques et primitifs même, comme chez ses contemporains, les trouvailles dignes de répercussions. Se les appropriant, il leur confère des développements inattendus, révélateurs d’un art de dominer ses sujets à force de convictions réadaptées selon les circonstances et les avancées voulues. À Paris et comme ses prédécesseurs, Picasso s’est, entre 1900 et 1907, intéressé tant aux techniques plastiques novatrices qu’aux festivités nocturnes de la vie à Montmartre où il habite. Il peint "Le Moulin de la Galette" un an après, présente ici, une pièce maîtresse d’Henri Evenepoel, "Portrait de Francisco Iturrino", du musée de Gand. Il peint aussi les chanteuses de caf’conc’ et, en 1901 déjà, Ambroise Vollard l’expose avec 64 œuvres. Un départ foudroyant. Le Bateau Lavoir est son premier refuge, il y vit son quotidien avec Fernande Olivier, sa première égérie, les artistes espagnols Paco Durrio et Juan Gris, les poètes Max Jacob ou Guillaume Apollinaire.

Les premières œuvres sont, disons, classiques et presque tragiques, héritées d’un symbolisme décadent. Sa période bleue. Une "Femme décharnée", bronze de Rodin, un "Portrait de jeune fille" mélancolique de Gauguin, une "Berceuse de Van Gogh", côtoient ses portraits de l’ami Casagemas sur son lit de mort. Le cirque le requérant, il dessine et peint une "Famille de saltimbanques" et un "Saltimbanque à cheval", nous sommes en 1905. Un "Autoportrait à la palette" de 1906, propriété du Musée de Philadelphie, est une pièce forte, que conforte une suite de travaux autour de la femme qui se coiffe, dessins, peintures et sculpture. En regard d’un vase de Gauguin, une simple poupée en bois, très brute, primitive, réalisée par Picasso pour une enfant, est annonciatrice d’autre chose quand, aux côtés d’une "Tête" ibérique en pierre, une "Femme nue aux bras levés", pastel et crayon de Picasso de 1907, annonce ses "Demoiselles d’Avignon" en gestation. Picasso va connaître ses premiers grands succès, son avenir explosif est en marche.

Roger Pierre Turine

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