Arts et Expos Rencontre

Pluridisciplinaire et ouvert, ainsi se définit le festival XS, deuxième du nom, qui décline l’éventail des formes scéniques en 18 spectacles dont 14 créations. Leur principal point commun : la durée, entre 5 et 25 minutes. Dans ce qu’Alexandre Caputo, programmateur, qualifie d’"espace de liberté, d’expérimentation, de rencontre et de friction".

Il s’explique : "Hors du format classique de, mettons, une heure et demie, il m’est arrivé d’avoir des émotions très fortes, sur des durées parfois extrêmes, chez Brook ou Mnouchkine, par exemple. Pourquoi donc se cantonner aux durées habituelles ? C’est d’ailleurs une question qui ne se pose pas dans le domaine de la performance ou des arts plastiques." Il s’agit donc bien de "bousculer les conventions, les habitudes". D’ouvrir, en somme, sans se limiter au champ théâtral - puisque les propositions d’XS relèvent aussi bien de la danse, du théâtre d’objets, du cirque, des marionnettes ou de l’installation - et en mixant les esthétiques, les formes, les générations artistiques, voire les "écoles". Le tout permettant de "prendre des chemins qui n’existeraient pas dans un rapport classique".

Ceci n’est pas un festival de jeunes créateurs, ni une plateforme de work in progress : cela existe ailleurs. XS propose de véritables spectacles, des formes abouties quoique brèves - et qui pourront donner lieu à du plus long, mais pas nécessairement. En tout cas : "Des conceptions de monde qui ont une force, souligne Alexandre Caputo. Au théâtre, l’intérêt est de changer de point de vue. C’est le lieu de la rencontre, du déplacement. C’est ce que fait Armel Roussel quand il travaille avec des acteurs sénégalais ".

Parmi les artistes présents à XS, Anne Thuot met en jeu "La Tragédie de la Vengeance", une pièce élisabéthaine "un peu mal foutue, avec plein de petits fils qui dépassent, de ramifications, d’interprétations possibles. Une matière multiforme qui date du début du XVIIe siècle : comment se l’approprier, en faire une création actuelle ? Il fallait un auteur. Or, j’avoue, j’aime beaucoup les écritures en fragments et pas trop le dialogue. C’est pourquoi nous nous sommes associés à Caroline Lamarche, et à Alice Hubball, actrice et anglophone, puisque le texte dont nous partons n’a pas de traduction satisfaisante en français. On est partis pour une création de 18 mois, dans une sorte de Flow, une ébullition, avec des petits modules, diverses portes d’entrée. XS est le lieu rêvé pour commencer, pour expérimenter. J’ai d’abord demandé aux cinq acteurs de me raconter la tragédie : pas un résumé scolaire mais cinq points de vue. Le but premier de ce projet, c’est d’écrire avec le plateau, en ping-pong". La matière de base de "Flash Flow 1" est, du reste, précise Anne Thuot, le texte des acteurs.

Anne-Cécile Vandalem compte aussi au nombre des porteurs de projets. Le sien, "Michel Dupont - Réinventer le contraire du monde (la porte - épisode 1)", se présente comme une sorte de "fable sonore", une "histoire sans images", que le spectateur écoute dans le noir, dans un dispositif qui s’apparente à la création radiophonique. "Je suis très intéressée dans mon travail par la relation entre l’enfermement et l’imaginaire", explique celle qui établit ici "un pont entre les contes où des princesses sont enfermées dans des tours et les faits divers où des fillettes (principalement) ont été séquestrées dans des caves. J’observe les parallèles, les similitudes, vers le haut et le bas, ce qui se passe dans le rapport à la maison. Et le fait que, au-delà de la première volonté, physique, de s’en sortir, il y a le recours à une échappatoire mentale pour repousser les murs. Voir comment un individu peut mettre son imaginaire au service de sa survie. Et la potentielle limite de ce processus : l’impossibilité parfois de sortir de ce nouvel univers".

Quels sont les bénéfices pour des créateurs d’un festival comme XS ? "Je suis en train d’apprendre à la cravache comme faire tenir quelque chose en 25 minutes", rigole Anne-Cécile Vandalem, pour qui "la proposition est tombée à pic : j’avais envie de creuser le travail sonore, ça me permet avec une forme finie de tester ça". Pour Anne Thuot, c’est aussi une affaire d’envies, parfois anciennes, qui peuvent revenir à la surface. "Ça permet aussi de développer un vocabulaire différent, décalé, une autre manière d’écrire. La contrainte de temps force (c’est un bon exercice : des gammes, en fait) à se mettre la tête dedans. Mais ça implique des choix terribles !"