Les stars de l’art du XXIe siècle

Lorent Claude Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Versé dans les publications artistiques et culturelles destinées à un très large public, l’éditeur Taschen suit, depuis le début du XXIe siècle, les artistes plasticiens qui, selon son point de vue, se positionnent en tête de la création et dessinent dès lors le portrait de l’art en ce début de siècle.

Vu la croissance constante dans le domaine, conséquence d’une mondialisation qui n’a pas encore dit son dernier mot, la matière est mouvante, évolutive, ne serait-ce aussi que par l’apparition de plus en plus agressive de la génération dite émergente. Afin de s’adapter, l’éditeur revoit sa sélection et vient de publier le quatrième volume de "Art Now" qui reprend une bonne centaine d’artistes.

Après plus de dix ans de cet exercice périlleux, il est intéressant d’enfoncer quelques sondes dans cet épais volume qui constitue en quelque sorte un état des lieux de l’art aujourd’hui sur le plan mondial.

Chaque année, des publications internationales ainsi qu’acteurs du second marché de l’art contemporain publient des listes déterminant le top 100 ou 500 des artistes plasticiens. Les classements établis sur base des résultats des ventes publiques sont en principe objectifs et livrent une hiérarchie commerciale. Les autres listes variant leurs critères d’appréciation s’avèrent plus subjectives et s’appuient sur des données parfois moins fiables puisqu’à croire sur paroles de marchands, d’acheteurs, de galeristes, voire d’artistes.

Graphique des renommées

S’il nous serait impossible de croiser tous ces résultats, on constate néanmoins une certaine corrélation entre eux, du moins autour d’une centaine de noms qui apparaissent aussi le plus fréquemment dans l’actualité des galeries, des centres d’art, des musées et des salles de vente. Expos et marché de l’art vont indubitablement de pair.

En pratiquant une réactualisation (la précédente édition datait de 2008), l’éditeur ne procède pas seulement à une adaptation, il établit en quelque sorte un graphique de la réputation artistique mondiale, et l’on peut comparer les différences entre les nommés des différents volumes parus.

Bien que le format de l’ouvrage change à chaque fois - on se demande bien pourquoi, puisqu’il s’agit d’une collection -, la présentation, elle, reste quasiment identique. Chaque artiste dispose d’un minimum de quatre pages comprenant un texte concis présentant son travail, un CV, les principales expos depuis 2008, une phrase de l’artiste et une série de belles photos en couleur. De quoi se faire une idée visuellement étayée afin de creuser plus avant si intérêt.

La sélection 2013

Une brève analyse comparative avec l’édition précédente nous apprend que près de soixante artistes ont été écartés de la nouvelle mouture, qui compte par contre une bonne trentaine de nouveaux noms, parmi lesquels Sterling Ruby, dont une expo se tient actuellement en la Charles Riva Collection à Bruxelles.

On citera, à titre d’exemples : Cory Arcangel (NY, 1978), Tauba Auerbach (San Francisco, 1981 - vient d’exposer au Wiels), Danh Vo (Vietnam, 1975 - vit à Berlin) ou Cyprien Gaillard (Paris, 1980 - vit à Berlin).

Nouveau ne signifie pas nécessairement jeune. Que l’on en juge puisque voici David Hockney, Bruce Nauman, Brice Marden, Ed Ruscha ou encore John Baldessary. Les critères de sélection n’étant pas précisés, on peut imaginer que les sélectionneurs (seize, dont Angélique Campens, qui enseigne à Gand) tiennent compte de la tenue du travail actuel et des expos.

Pour la Belgique, Francis Alÿs, déjà présent dans le n°2, et Carsten Höller, présent dans le n°1, font leur retour, alors que Luc Tuymans assure une permanence sans faille et que Wim Delvoye n’est pas réapparu depuis le premier volume. Ils sont donc peu nombreux, confirmation que le choix est drastique pour moins de cent dix places !

Une belle épreuve de vérité sur l’internationalisation. Preuve par quelques exclus : Tracey Emin, Pierre Huyghe, Paul McCarthy, Ron Mueck ou Erwin Wurm et Franz West… Parmi les élus qui restent en place, on ne sera pas surpris de trouver Mona Hatoum, Marlène Dumas, Takashi Murakami, Ernesto Neto, Damien Hirst et autres Maurizio Cattelan ou Peter Doig… Quelques-uns ont exposé récemment en Belgique en solo, entre autres : Thomas Hirschorn, David Altmejd, Richard Prince, Anselm Reyle, Jeff Wall, Rebecca Warren, Jeff Koons ou Thomas Houseago actuellement chez Xavier Hufkens…

Dans l’ensemble de la sélection 2013, aucune tendance ou pratique prépondérante ne se dégage, si ce n’est une certaine propension à privilégier des interventions ou installations de grande envergure, comme s’il fallait absolument frapper fort pour se faire remarquer - alors que, dans le tout permis actuel, la diversité est de mise, du néo-pop sobre à la Gary Hume, jusqu’au baroque néo-réaliste d’un Néo Rauch (a exposé à Bozar) en passant par l’imagerie kitsch religieuso-enfantine de Mark Ryden (USA, 1963).

La plateforme belge

La présence chez nous de ces artistes et d’autres, assez nombreux dans des expositions d’ensemble, confirme que Bruxelles, et la Belgique en général, est une plateforme non négligeable de l’art international, mais que nombreux sont nos artistes, même très réputés, à ne pas avoir atteint ce genre de sommet particulièrement sélectif. Ce qui n’ôte aucun mérite ni qualité à leur œuvre car on connaît les aléas de ces sélections.

D’une manière générale, on constate que les nouveaux venus, aussi bien que les permanents, sont majoritairement des Occidentaux. La percée africaine est quasi nulle et celle asiatique pas vraiment confirmée, ni celle de l’Amérique latine qui pointe le bout du nez. Voilà qui devrait changer d’ici peu sous l’effet de la mondialisation et des nouveaux collectionneurs ! Un avenir dont témoignent dès maintenant les textes complémentaires portant sur la situation et les artistes actuels en Chine, au Japon et en Corée.

Un appendice de l’ouvrage à ne pas bouder est celui consacré aux galeries qui représentent officiellement ces artistes. Personne ne s’étonnera - confirmation que le grand marché est en quelques mains - d’y voir les enseignes de référence telles David Zwirner, Gagosian, White Cube, Hauser Wirth, Perrotin, Marian Goodman, voire la Lisson et Sprüth Magers ou la Pace. Mais plus surprenante et positive est la place occupée par les galeries installées à Bruxelles, belges ou étrangères. Bien entendu voici Almine Rech (Paris/Bruxelles) et Gladstone (New York/Bruxelles), mais aussi Xavier Hufkens, Greta Meert, Zeno X (Anvers), Rodolphe Janssen et Catherine Bastide ! Pas mal pour un petit pays.


Lorent Claude

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