Marc Mendelson fonda "La jeune peinture belge"

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos Rencontre

Deux peintres belges importants (voire de portée mondiale comme Alechinsky), qui ont forgé leur réputation dès le lendemain de la guerre et sont toujours bien là, sont mis en lumière, par hasard en parallèle : Alechinsky pour son œuvre graphique au Botanique et Marc Mendelson au musée des Beaux-Arts. Ce dernier a été un peu oublié alors qu’il compta pendant des décennies parmi les peintres belges importants. Marc Mendelson qui vit à Uccle, était mercredi au musée pour l’ouverture de son expo, entouré de ses amis. Malgré ses 95 ans, il reste bien fringant et commente pour nous ce retour devant les spots.

Il est le dernier vivant parmi les 12 cofondateurs du mouvement de "La jeune peinture belge" lancé en 1945 et où figuraient, outre lui, Gaston Bertrand, Jan Cox, Anne Bonnet, Rik Slabbink, Louis Van Lint et Mig Quinet ("c’est elle qui est à la base et nous a mis en contact avec René Lust et l’a convaincu d’aider les arts plastiques plutôt que la musique", précise Mendelson). Ce mouvement novateur au lendemain de la guerre ("le lien entre nous était de réagir à la peinture passéiste d’avant-guerre") , était soutenu par de grands mécènes comme le galeriste Robert Delevoy, l’avocat René Lust et des industriels comme Herman Colson, Tony Herbert et Gustave Van Geluwe. Alechinsy se joindra ensuite un instant au groupe avant de se lancer dans Cobra (dont Mendelson ne fit jamais partie "mais je les recevais chez moi, j’étais leur aîné"). Dès 1948, le mouvement est dissous suite au décès tragique de René Lust. Ses membres avaient déjà pris des voies divergentes. "Aucun credo, aucune considération esthétique commune ne lient ces artistes, écrit Karel Geirlandt dans son monumental "L’art en Belgique depuis 1945" (Fonds Mercator). C’est leur recherche inventive continuelle, leur attention ininterrompue pour les problèmes plastiques et leur jeune enthousiasme qui les caractérise". Mac Mendelson n’a pas trente ans quand il adhéra au mouvement.

L’expo dans deux salles du musée des Beaux-Arts rassemble des œuvres des collections du musée et de collections privées, sous le commissariat d’Anne Adriaens. On suit l’évolution protéiforme de son style dans un très beau parcours, de 1933 à 2009. Aujourd’hui, il peint toujours mais "un peu" et fait de la photo, "j’aime cette autre manière de rendre les formes plastiques". Ses débuts sont proches de de Chirico avec l’étrangeté mélancolique, un peu surréaliste, des objets (la belle "Grande armoire" de 1944). Il aura ensuite une période abstraite. Et puis, marqué par ses voyages à Palamos sur la Costa Brava, où il découvre la beauté des murs craquelés, il a ses moments matiéristes et lyrico-matiéristes où il griffe la peinture, utilise le relief, mêlant parfois de la pierre ponce à l’huile. Il revient ensuite à une forme de figuration inspirée de ses propres aquarelles avec des personnages cacahuètes, un peu à la Miro ou Klee, dont un bel exemple est son mur sculpture à l’entrée de la station de métro Parc : "Happy metro to you" réalisée en 1974 (il fut le premier artiste avec Roger Dudant à travailler dans le métro). Dans les années 90, il revient à l’abstrait et procède à des collages. Il a aussi réalisé quelques sculptures, assemblages rigolos ou belles figurines en or.

Karel Geirlandt, en 1983, disait : "La pluralité des styles qui le tentent successivement ne nous donne jamais une impression de gratuité. C’est que la permanence d’une sensibilité se fait sentir depuis ses premières œuvres figuratives, dans lesquels transparaît une tristesse rêveuse, jusqu’à son retour à la figuration. Aujourd’hui, c’est l’humour qui constitue la caractéristique dominante d’un univers ludique, mais un univers moins grinçant que poétique qui peut apparaître aussi comme une forme de pudeur, comme une manière de préserver un mystère." "Ce qui a uni tous mes travaux, nous dit-il dans un sourire, c’est que je les ai faits, le lien, c’est moi.".

A-t-il pu vivre de son art ? Il sourit encore : "J’ai fait 36 métiers, j’ai même été détective privé et peintre d’abat-jour !".

Guy Duplat

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