Arts et Expos

Très belle rétrospective Marthe Wéry (1930-2005), au BPS 22 à Charleroi.

En 2004, Pierre-Olivier Rollin, directeur actuel du BPS 22 à Charleroi, présentait une magnifique exposition Marthe Wéry dans l’architecture Horta du musée des Beaux-Arts de Tournai. Quelques mois plus tard, Marthe Wéry mourait inopinément à 74 ans.

Douze ans plus tard, Pierre-Olivier Rollin nous offre à nouveau un très beau moment, différent de Tournai, plus rétrospectif, couvrant toutes les périodes depuis la fin des années 60 jusqu’aux dernières oeuvres.

Si les peintures de Marthe Wéry se retrouvent dans de nombreux grands musées européens, c’est le BPS 22 qui possède les plus beaux ensembles. Ils se marient ici parfaitement à l’architecture nouvelle du BPS 22. Il y a là, l’espace et la lumière, si indispensables pour rendre hommage à ses continuelles interrogations sur la ligne, la forme et la couleur.

L’exposition alterne les moments où Marthe Wéry poussait la peinture jusqu’à ses derniers retranchements avec un radicalisme jouissif et d’autres moments où elle charme en choisissant la couleur et jouant avec la lumière et la transparence.

Comme ce vaste ensemble de 24 tableaux monochromes, surtout dans les bleus, couvrant un mur immense et inspiré par la mer à Calais. « Rien ne nous est aussi familier que les couleurs, disait-elle. Elles donnent au monde sa forme, sa profondeur et sa beauté. Mais rien n’est aussi ambigu que les mots que nous utilisons pour décrire et comparer nos perceptions de la couleur."

Comme la verrière

Dans la grande salle, sous la verrière, on retrouve l’ensemble que Marthe Wéry avait réalisé en 2001 à Tour&Taxis pour Laurent Jacob : une quinzaine de grands panneaux d’aluminium pliés posés sur le sol, monochromes rouges et bruns en résonnance avec la forme de la verrière.

On découvre aussi ses premières oeuvres quand elle peignait (parfois à la bombe !) de petites compositions géométriques, dans la lignée de Malevitch. Elle n’utilisait que le gris, le noir et le blanc. Ses supports étaient la toile, mais aussi le bois ou le papier qu’elle striait de petites lignes parallèles comme Agnès Martin à qui elle fait penser dans sa quête de simplicité. On admire une très belle série de ses papiers lignés à la latte ou l’encre noire s’emparant d’un bloc de papiers.

Lors d’un voyage aux Etats-Unis, Marthe Wéry avait découvert le Minimalisme américain mais aussi, et surtout, l’Unisme qu’avait théorisé, durant l’entre-deux-guerres, le Polonais Wladyslaw Strzeminski (1893-1952) qui considérait le tableau comme un tout en parts égales. Il ne s’agissait plus de privilégier un élément du tableau, mais de le considérer comme une unité. Elle se lança alors dans des séries de monochromes faisant varier les couleurs, les formes, et étudiant les liens entre ses tableaux et l’architecture d’un lieu pour créer des dialogues.

Accidents heureux

Un oeuvre de 1990 est d’un radicalisme absolu: 7 grandes plaques de bois nu, posées sur le mur, avec sur l’une d’elles un simple rectangle de couleur grise. C’est la peinture ramenée à l’essence de son lien au support et à l’espace, réduite à la matérialité de l’objet. Ailleurs, ses peintures monochromes grises sortent du plan tout en y restant.

Ses recherches n’étaient pas inspirées par un éventuel spiritualisme mais par une jouissance à jouer avec toutes les possibilités de la ligne, de l’objet et de la couleur.

De petites salles rappellent son intérêt pour l’architecture, la lumière des vitraux et la gravure. Ses premiers dessins inspirés de la bataille de Romano d’Uccelo, montraient déjà sa fascination pour la ligne des lances de soldats.

Dans sa dernière période, avec ses grands tableaux sur support d’aluminium, elle innove encore et séduit plus directement. Elle quitte le monochrome « pur et dur » pour retrouver, toujours dans la simplicité des moyens, une grande liberté, voire un lyrisme, une « peinture vivante ». Des couches de couleurs extrêmement liquides et transparentes sont répandues sur les supports. La méthode consiste à laisser couler la peinture diluée dans des bacs horizontaux, jusqu’à ce qu’elle s’immobilise, entraînant un lot « d’accidents » : aspérités de surface, bulles, vagues créées par un ventilateur, etc.


Marthe Wéry, au BPS 22, à Charleroi, jusqu’au 23 juillet, fermé le lundi, Infos : www.bps22.be