Arts et Expos

Un portrait c’est un instant, un moment fixé presque au hasard par un artiste qui tente de percer les mystères d’une personne qu’il n’est pas sensé, du moins au début, connaître. Plus le pinceau avance, plus le dialogue avec le modèle se construit. C’est ce qui arrivait toujours avec Marie-Thérèse Heyvaert, cette artiste d’origine liégeoise par sa mère qui était née Hepcée et louvaniste par son père, né van der Vaeren. Les éditions de La Couronne, bien nommée vu le sujet, ont publié voici quelques semaines le corpus de la portraitiste brabançonne qui durant plus de soixante ans arpenta toiles et feuilles pour immortaliser des effigies parfois bien connues.

En 320 pages il est permis d’entrer dans l’intimité picturale du peintre mais aussi d’une foule considérable de gens qui ont, comme aux temps anciens, posé des heures durant. C’était un besoin vital pour la créatrice de rester proche de ses modèles. Cela prenait certes du temps, mais au bout du compte, il en ressort des empreintes psychologiques fortes qui traduisent bien les caractères. La myriade de portraits d’enfants de moins de 15 ans ne bouleversera pas les canons du genre classique car ils ne pouvaient être autre chose que charmants. Il faut dire aussi que Madame Heyvaert fréquentait la haute société où elle n’a pas choisi les plus moches.

Tous ces bambins étaient furieusement mignons, sans que le maître ne force sur les traits pour en améliorer l’apparence. Les portraits d’adultes seuls ou de familles groupées en bustes ou d’ensembles mères-filles, mère-fils sont beaucoup plus édifiants par la traduction des personnalités et aussi les sources d’inspirations du peintre. Marie-Thérèse alla à bonnes sources et si elle ne chercha pas à créer un style, elle avait le sien en allant puiser plus chez Gainsborough que chez Rosalba Carriera ou même chez Elisabeth Vigée-Lebrun qu’elle affectionnait tant. Bien dans son siècle, transportée par les raffinements français de la cour de Marie-Antoinette, elle mixa ses pinceaux dans le romantisme britannique d’entre 1780 et 1850. Cela allait donner des toiles empreintes de poésie et de douceur quand elle fit les portraits de Marina de Jonghe et ses fils sur fond de parc, de la baronne Hubert de Crawhez et ses fils où la nostalgie du bonheur évanoui ajoute à la sensibilité des visages. Le grand portrait seul de Marie-Noëlle de Fabribeckers est une merveille dans le genre anglais fin XVIIIe siècle, alors que ceux de Martine de Bassompierre et de son illustre mais feu mari le baron Jacques Jonet jouent sur la corde de la monumentalité mais sans ostentation.

Ce volume est une mine iconographique depuis 1932 jusqu’à la fin du XXe siècle. La peintre n’a certes pas fait évoluer l’art du portrait, mais elle a enchanté son monde. L’art du portrait n’est pas mort comme en témoigne avec vigueur une artiste très contemporaine comme Catherine Ailesse, à Anderlecht (ailesse@mac.com).

En librairie (UOPC et Filigrannes) ainsi que chez l’auteure. Florence Heyvaert tel : 02.784.38.65 ou 0474.39.00.88.