Arts et Expos

Une exposition conceptuelle qui a du chien, excite les papilles autant que les pupilles et vous donne à voir une immense variété d’incursions artistiques dans l’infiniment spatial, et voilà qui n’est pas courant.

Prolongeant un livre du philosophe Martin Heidegger (1899-1976) relayé, en mode gravures, par le sculpteur Eduardo Chillida (1924-2012), cela en 1969, la proposition du commissaire Manuel Cirauqui tient bon la route, les surprises, de salle en salle, éveillant une curiosité récurrente vu leur prise en mains de l’espace par les artistes.

Ce problème de l’espace tarauda un autre sculpteur en butte à la réalisation plastique optimale de ce qu’il "voyait" et éprouva un mal fou à concrétiser : nous pensons au sculpteur Alberto Giacometti absent ici.

Un livre, des concrétisations

Livre d’artiste voulu par un philosophe et un créateur, "L’art et l’espace" (traduction française d’un ouvrage paru en allemand sous le titre "Die Kunst und der Raum") est donc le point de départ - il est exposé dans des vitrines avec les gravures de Chillida et, tout à côté, du même, quelques trop rares petites pièces en marbre, en plâtre, en bronze.

Apprécié pour ses formes caractéristiques étagées entre vides et pleins, Chillida, nous a-t-on dit, partageait peu avec ses collègues. Au contraire d’un autre sculpteur basque réputé, Jorge Oteiza (1908-2003), admiré aussi pour sa modestie et son ouverture aux autres.

Oteiza est illustré par cinq œuvres, dont sa "Via Lactea" de 1955 et son "Théorème de la désoccupation cubique", de 1956.

Le bâtiment du Guggenheim de Frank Gehry convient évidemment à pareille démonstration qui tend à révéler l’importance spatiale des mises en œuvre d’artistes conscients d’avoir à se mesurer à l’environnement.

Un parcours sans temps mort

Une centaine de pièces d’artistes internationaux divisent un parcours sans temps morts, notre imaginaire étant sans cesse réactivé par des propositions éclectiques étalées dans le temps.

Le parcours révèle la diversité entre les sculptures dans l’espace et des tableaux aux murs signés Caldas, Genzken, Palazuelo ou Irazabal. Ou les "Mutations" orchestrées par Pierre Huyghe, Jean-Luc Moulène, Angela de la Cruz…

Impressionnante, l’installation de Damian Ortega, "Cosmic Thing", 2002, une Volkswagen Beetle de 1989 entièrement démontée et suspendue comme un immense mobile, se dévisage de tous les côtés, de bas en haut. C’est aussi ludique que mûrement démantelé pour nous ouvrir les sens.

Et puis, captivants, il y a James Rosenquist, Richard Long, Lee Ufan, Olafur Eliasson, Ernesto Neto, Robert Smithson, Bruce Nauman, Sol LeWitt, ou Chillida dans l’Atrium. L’espace est aussi une conquête des artistes !

---> "L’art et l’espace", au musée Guggenheim de Bilbao. Catalogue. Jusqu’au 15 avril. www.guggenheim-bilbao.eus