Arts et Expos Les modèles d’art vivants manifestaient ce samedi à Paris. Ils réclament un vrai statut.

Sans eux, le David de Michel-Ange, le penseur de Rodin, la Joconde de Léonard De Vinci et bien d’autres chefs-d’œuvre n’existeraient pas. Eux, ce sont les modèles d’art, celles et ceux qui posent pour les artistes mais aussi pour les étudiants des écoles de dessin. Une activité qui connut ses heures de gloire et la célébrité avec les muses des grands peintres : Victorine Meurent (1844-1927) fut le modèle d’Edouard Manet et Suzanne Valadon (1865-1938) posa pour Renoir et Toulouse-Lautrec. Mais aujourd’hui, les choses ont bien changé. La profession est à la recherche d’une reconnaissance qui s’est évaporée.

Pas de contrats

Hier, les modèles ont manifesté à Paris, comme ils l’ont déjà fait par le passé. Notamment en 2008, lorsqu’ils étaient nus dans les rues de la ville. Ils réclament un véritable statut professionnel - ce dont disposent les mannequins qui défilent - et des conditions de rémunération correctes. Des revendications partagées par ceux exerçant en Belgique et qui sont dans l’impossibilité de travailler sous contrat. La faute à un cadre égal compliqué dit-on au Guichet des Arts, le centre d’expertise de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour les travailleurs du secteur créatif et culturel.

Premier obstacle : la loi ne permet pas d’établir un contrat de travail pour une prestation inférieure à 3 heures. Ou alors, cette prestation doit être précisément définie. Mais dans ce cas, c’est l’employeur qui renonce face à la lourdeur administrative liée à la multiplication des contrats.

Second obstacle : les modèles n’ont pas accès au statut d’artiste et aux dérogations qui leur sont accordées en matière de contrat de travail, explique Gaëtan Vandeplas, le directeur du Guichet des Arts. Ils ne peuvent pas prétendre à la protection de l’intermittence, à la règle du cachet, ou encore au RPI, le régime des petites indemnités qui est réservé aux artistes.

L’absence de contrat les prive également du droit aux prestations sociales, au chômage, etc.

Un vrai effort physique

Seul reste le statut d’indépendant. A une condition cependant : que la rémunération suive. Or en la matière, on est loin du compte, assure Corinne Pitet. Modèle depuis 12 ans, elle milite du côté francophone pour la reconnaissance de son métier et en faveur d’une rémunération adaptée. "Le salaire minimum légal d’un modèle d’art devrait être de 30 euros de l’heure, dit-elle. Or aujourd’hui on a 30 euros pour trois heures." A ce régime-là, impossible d’en vivre à moins de multiplier les heures de pose, ce qui est totalement inconcevable pour des raisons de santé, explique-t-elle. Car poser n’est pas forcément une partie de plaisir. C’est un véritable effort physique et mental. "On reste immobile et on a mal, souligne-t-elle. Même dans la pose la plus confortable, rester immobile pendant trois heures représente une contrainte importante pour les os, les articulations et la chair. Les membres s’endorment, la circulation sanguine est coupée. Le corps doit résister et la tête aussi. Il y a aussi le froid quand on pose nue." Pour continuer à exercer son métier, Corinne Pitet passe toutes les trois semaines chez le kiné.

Il y a 3 ans, elle a fondé l’ASBL CroquezNous grâce à laquelle elle, mais aussi tous ceux qui y adhèrent, peuvent poser sous contrat de travail avec un salaire minimum garanti. Une initiative qui, elle l’espère, fera bouger les choses car, dit-elle, "ça devient dur de faire ce métier. Je ne m’attendais pas à ce que toutes les portes se ferment."