Arts et Expos

Samedi soir, malgré le froid, les Montréalais ont fait la fête à la culture.

Le 18e festival Montréal en Lumière s’est ouvert le 23 février dernier sous un air de printemps, avec des températures allant jusqu’à 15 degrés. Ce samedi, la Nuit blanche s’est, elle, déroulée dans des conditions polaires, par -15°C!

Sur le podium installé sur le Parterre du Quartier des spectacles, les chanteurs s’activent en chapka et cache-oreilles. Dans le public clairsemé, les fourrures sont aussi de sortie pour écouter une reprise de « Harley Davidson » de Bardot par une jeune chanteuse à la voix de Catherine Ringer… Un peu plus loin, sur la Place des Arts, on s’agglutine autour des braséros pour se réchauffer, avant d’aller faire un tour de luge, jouer au « Curling en Lumière » ou survoler le site en tyrolienne.

Lyon à Montréal

Lancé en 2000 par la Ville de Montréal et le groupement des hôteliers pour doper le tourisme en hiver, Montréal en Lumière s’inscrit cette année dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de la fondation de la ville en 1642. Pour marquer le coup, le festival a fait cette année appel au savoir-faire de la Fête des Lumières de Lyon pour créer « Illuminart », un chouette parcours de 25 installations lumineuses disséminées dans le centre-ville de Montréal. Invitée d’honneur cette année, la ville des Gones était aussi au coeur du très important volet gastronomique de l’événement (cf. « Quid » de samedi).

Voilà qui aurait dû doper « l’achalandage » comme on dit ici. Mais les organisateurs espèrent juste égaler la fréquentation de l’année dernière, soit 1,4 million de visiteurs. En cause, la météo capricieuse: des températures trop chaudes au début pour les activités hivernales proposées gratuitement et glaciales durant la traditionnelle Nuit blanche, qui attire chaque année à elle seule 350000 visiteurs..

Une nuit glaciale

Ce samedi, un large public bravé le froid pour participer à plus de 200 activités: marathon de 24 heures de musique au bar à vinyles « Le Bleury », visite d’un musée à la lampe de poche, Nuit de la poésie avec Radio Canada au Musée d’art contemporain…

Du côté de la Cinémathèque québécoise, un public jeune et branché s’est donné rendez-vous pour « La nuit qui fesse ». Au menu, DJ set, cabaret et projection de trois « films de fesses » québécois des années 70. L’occasion de découvrir l’improbable (et très peu érotique) « L’apparition » de Roger Cardinal en 1972. Moquant gentiment la bigoterie québécoise de l’époque, cette comédie datée a la particularité d’avoir été coécrite et interprétée par un certain René Angélil, feu Monsieur Céline Dion…

Dans la rue Saint-Denis, l’ambiance est là encore festive, avec notamment des jeux à boire pour se réchauffé. A la microbrasserie « L’Amère à boire », on propose une pils semblable à celle servie au pavillon tchèque de l’Exposition universelle de 1967 de Montréal, un thème qui parcourt toute la Nuit Blanche. Tandis que vers 1h du matin, il reste encore quelques courageux noctambules pour pousser la porte de la belle Librairie Gallimard du boulevard Saint-Laurent et aller se faire assassiner littérairement par deux auteurs de polars québécois, André Marois et Laurent Chabin, le temps d’une lecture interactive.

Une offre riche

A travers des centaines de concerts, spectacles, expos et activités diverses proposés jusqu’au 11 mars, Montréal en Lumière réussit son pari de mettre la métropole québécois en effervescence culturelle. Il y a quelques jours, Agnès Obel est ainsi remontée sur la scène du Théâtre Maisonneuve après quelques semaines de silence pour enchanter le public de sa voix cristalline et de ses mélodies atmosphériques.

Les Montréalais ont également pu applaudir le groupe Tryo, Daniel Lavoie ou Benjamin Biolay, vibrer au son de la musique de « Game of Thrones » en live ou éclater de rire devant un spectacle délirant de la Ligue d’impro montréalaise au vieux Cabaret du Lion d’or… De quoi réchauffer les coeurs et les esprits!

Trois expos à ne pas manquer à Montréal

Chagall Couleur et Musique


Influence de sa culture juive hassidique (notamment la musique et le violon, omniprésents dans sa peinture) et du théâtre yiddish, travail de création de costumes et de décors de ballets et d'opéra (notamment « L'oiseau de feu » et « La flûte enchantée » au Metropolitan Opera de New York), mais aussi sur les vitraux, la céramique ou encore le plafond de l'Opéra Garnier de Paris (dont on plonge dans les moindres détails grâce à une numérisation en ultra-haute définition réalisée par Google). Rien n'est oublié dans ce fabuleux voyage au cœur de l'œuvre du peintre franco-russe Marc Chagall. Initiée par la Cité de la musique de Paris et le musée La Piscine de Roubaix et réalisée en collaboration avec le Los Angeles County Museum of Art, cette magnifique exposition — la plus importante jamais consacrée à l’artiste au Canada — réunit 340 pièces, parfaitement mises en scène et en musique, à travers une bande sonore en parfaite harmonie avec les œuvres présentées.

Jusqu’au 11 juin au Musée des Beaux-Arts. Entrée: 23$. Rens.: https://www.mbam.qc.ca/expositions/a-laffiche/chagall.

Notman, photographe visionnaire


Consacré à l'histoire du Canada, le Musée McCord est l'un des plus intéressants de Montréal. L'exposition permanente, qui aborde l'identité des peuples des premières nations à travers leur habillement, est passionnante. L’expo temporaire qui s’y tient jusqu’à la fin du moi l'est également. On y découvre un photographe visionnaire: William Notman (1826-1891). Fondateur d'une entreprise qui compta jusque 26 studios photographiques de Montréal à New York, cet Ecossais émigré à Montréal a été l'un des pionniers de la stéréographie (photo 3D), a réalisé des milliers de portraits d'une rare modernité (somptueusement mis en scène ici) et a envoyé ses équipes photographier les paysages sauvages et les grandes villes du Canada à la fin du XIXe siècle. Il fut également adepte du « picturalisme ». Ou quand la photographie voulait rivaliser avec l’œuvre d'art grâce au montage, à la retouche et même à l’ajout de peinture. Etonnant, même si on préfère le Notman génial portraitiste de studio…

Jusqu’au 26 mars au Musée McCord. Entrée: 20$. Rens.: http://www.musee-mccord.qc.ca/fr/expositions/notman.

Teresa Margolles: Mundos


Lancée par le Musée d’art contemporain de Montréal à l’occasion de la Nuit blanche, cette courte exposition met en lumière le travail de Teresa Margolles. Née dans le nord-ouest du Mexique en 1963, l’artiste est active depuis une vingtaine d’années. En quelques installations très fortes, le MAC dessine les lignes directrices de son oeuvre, consacrée essentiellement à la ville-frontière de Ciudad Juarez et aux fémnicides. On estime ainsi que ces quatre dernières années, 7000 femmes ont disparu au Mexique…

Dans la salle principale, toutes les dix minutes, des milliers bulles de savon tombent par exempls du plafond, pour le plus grand plaisir des enfants. Sauf que dans cette installation de 2003 intitulée « Dans l’air », l’eau utilisée a été récupérée dans des morgues après le nettoyage de cadavres anonymes autopsiés… Tandis que l’expo s’ouvre sur une série de grands portraits photographiques montrant des prostituées transsexuelles dans les ruines d’anciennes discothèques de Ciudad Juarez, pour mettre en scène de façon choc la façon dont la municipalité repousse sans cesse plus à la périphérie tous les marginaux…

Jusqu’au 14 mai au Musée d’art contemporain. Entrée: 15$. Rens.: http://www.macm.org/expositions/teresa-margolles-mundos.