Arts et Expos

Le muscle qui travaille le plus au théâtre, c’est l’imagination" : pas étonnant que le Britannique Simon McBurney ait eu "l’intuition géniale" du "Maître et Marguerite", note le codirecteur du Festival d’Avignon Vincent Baudriller. "C’est une œuvre d’une extraordinaire variété qui va bien à son imaginaire; un voyage entre ciel et terre, européen au sens large."

Un artiste associé ne forge pas la programmation, mais la colore par le dialogue, le regard. Simon McBurney, a pour particularité dans chacun de ses projets, dit-il, de tenter de répondre aux questions qu’il se pose, à ce qu’il ne comprend pas. Il questionne le théâtre aussi, dans sa musicalité, son rapport au réel et à la littérature.

Celle-ci traverse le Festival, assurément. Avec "La Mouette" de Tchekhov qu’Arthur Nauzyciel fait commencer par le suicide de Treplev - à l’instar de ce que Myriam Saduis, chez nous, a composé dans "La Nostalgie de l’avenir". Avec Pirandello et "Six personnages en quête d’auteur" dont Stéphane Braunschweig récrit tout le début. Avec "Les Anneaux de Saturne" que Katie Mitchell (on se souvient avec émoi de "Christine" tiré de "Maison de poupées") adapte du roman de W.G. Sebald. Avec Ibsen et "Un ennemi du peuple" par Thomas Ostermeier. Christophe Honoré, enfant de la Nouvelle Vague au cinéma, ose au théâtre "Nouveau Roman". Séverine Chavrier puise chez J.G. Ballard l’inspiration de "Plage ultime".

Mais la littérature, fût-elle adaptée ou récrite, n’est pas le seul terreau des scènes. Le réel les nourrit, le mouvement aussi, dans sa présence même aléatoire (Sophie Calle se manifestant parfois pour découvrir en direct le journal de sa mère dans l’installation "Rachel, Monique"). Et la musique, voire la comédie musicale (Christoph Marthaler s’emparant de "My Fair Lady"). L’économie est source d’inspiration ("15%" de Bruno Meyssat), les migrations aussi ("Soyez les bienvenus" de Fanny Bouyagui).

Le Sud-Africain Steven Cohen livre une performance-installation dans les dessous de scène de la cour d’honneur. Romeo Castellucci sonde le rapport entre représentation et négation de l’apparence à travers un épisode de l’histoire du peintre Rothko, dans "The Four Seasons Restaurant".

S’il est impossible de tout citer ici, notons que la danse reste un des piliers du Festival, avec la présence cette année de Sidi Larbi Cherkaoui, Josef Nadj, Nacera Belaza, Régine Chopinot et les Ballets C. de la B.