Arts et Expos

Le riche musée des Beaux-Arts de Gand a une nouvelle directrice depuis près d’un an, Catherine de Zegher. Elle propose un parcours du musée centré sur l’hommage qu’elle veut rendre à Robert Hoozee, son prédécesseur, mort en 2012 alors qu’il dirigeait le musée de Gand depuis 1982. Une longévité exceptionnelle qui lui avait permis de transformer totalement l’institution et d’accroître d’un quart les collections par des achats, des dons et des subsides du gouvernement flamand.

Le parcours s’intitule "Solstice" ("Zonnewende" en néerlandais), car Robert Hoozee était né un 21 juin, début de l’été. Mais aussi un titre pour marquer un passage d’une époque à une autre. C’est pourquoi, d’ailleurs, Catherine de Zegher a fait réaliser de grandes fresques de dessins sur les murs même de l’entrée et du hall (aussi sur des amas de meubles) par trois artistes contemporains, Andrea Bianconi (Italie), Ricardo Lanzarini (Uruguay) et Mark Licari (Etats-Unis). Des dessins qui filent sur les murs et prennent parfois des airs d’Ensor ou incluent l’intervention d’enfants. Robert Hoozee, comme Catherine de Zegher, qui dirigea le Drawing center à New York, était un passionné de dessins.

La vidéaste ostendaise Katrien Vermeire intervient, elle, avec un film sur cette culture populaire séculaire des enfants belges à la plage, vendant des fleurs artificielles. Une métaphore sur le cycle éternel de la vie.

Achats ciblés

Mais c’est en visitant les salles consacrées à l’art du XIXe et du XXe siècle qu’on mesure l’apport de Robert Hoozee. Dans les différentes salles, on a ajouté et mis en évidence des tableaux que son "règne" apporta au musée en expliquant les luttes qu’il a parfois dû entreprendre pour les acquérir.

Il voulait par exemple, coûte que coûte, un tableau d’Odilon Redon car le travail du symboliste français résonnait particulièrement aux côtés de ceux de Fernand Khnopff, James Ensor et George Minne.

C’est aussi lui qui eut l’œil pour repérer le tableau devenu une des icônes du musée : "Marie-Madeleine" d’Alfred Stevens (1887), la figure biblique transformée en une femme fatale moderne, aux longs cheveux blonds et fixant le spectateur dans les yeux.

Le musée de Gand est riche en Ensor, Van Rysselberghe, Van de Woestijne. Robert Hoozee y a contribué en faisant acquérir le beau portrait de Karel Van de Woestijne par son frère et en acquérant, en 1998, tout le travail graphique d’Ensor que possédait le collectionneur Auguste Tavernier. Robert Hoozee considérait Ensor comme le plus grand artiste depuis Rubens.

La Communauté flamande acquit aussi pour le compte du musée "Enfants à leur toilette du matin" d’Ensor (1886). La famille de George Minne, en remerciement à Robert Hoozee, offrit au musée une grande "Fontaine des agenouillés".

Kokoschka

Robert Hoozee enrichit aussi la collection d’œuvres sur l’art abstrait belge d’avant-guerre, entre autres avec des tableaux magnifiques de Georges Vantongerloo, qu’il appréciait beaucoup.

Laissant l’art d’après 1945 au Smak, situé juste en face, il enrichit aussi la collection par des apports d’artistes étrangers, comme le beau portrait du docteur Ludwig Adler d’Oskar Kokoschka acquis en 1987 grâce à la Loterie nationale. Ainsi, il pouvait confronter le modernisme flamand à son contexte international. L’expressionnisme allemand était une de ses passions avec des œuvres acquises d’Erich Heckel, Kirchner et Paula Modersohn-Becker.

Sept petites salles sont entièrement consacrées aux œuvres sur papier d’Ensor, Rops, Redon et Spilliaert, acquises pendant ses 30 ans de règne et dont certaines sont montrées pour la première fois.

Robert Hoozee était né en 1949 et entra à la ville de Gand comme assistant du directeur du musée de l’époque, Paul Eeckhout, en 1978. En 1982, à 33 ans, il était déjà directeur et l’est resté jusqu’à sa mort. Ces dernières années, il avait présenté des expositions autour de l’art anglais depuis la fin du XVIIIe siècle, ("British Vision"), une expo sur les ciels de Constable et une autre sur le peintre préraphaélite Ford Madox Brown.

"Solstice" est aussi une manière de préparer sans doute la transition vers une ouverture plus grande à l’art actuel, dont Catherine de Zegher est aussi une grande connaisseuse.

"Zonnewende" (solstice), au musée des Beaux-Arts de Gand, jusqu’au 1er octobre, www.mskgent.be