Arts et Expos

Vincent Meessen était l’artiste de la Communauté française qui représentait cet été la Belgique à la Biennale de Venise. Le Wiels à Bruxelles a la bonne idée de remontrer au public belge ce que nos artistes créent pour Venise. On retrouve alors avec plaisir le film réalisé à Kinshasa (coproduit par les deux Communautés !) qui était au centre du pavillon belge. Présenté cette fois, sur trois grands écrans, dans de meilleures conditions.

Vincent Meessen avait découvert par hasard une chanson de mai 1968 créée par un étudiant congolais contestataire, Joseph M’Belolo, qui fut un membre (oublié) de l’internationale situationniste. Avec un orchestre de femmes musiciennes, Vincent Meessen recrée cette chanson sous forme d’une rumba dans le studio légendaire du chanteur Franco. Les musiciennes sont séparées les unes des autres comme dans un labyrinthe, communiquant entre elles par des oreillettes. La chanson et le club de Franco Luambo deviennent ainsi l’image des impasses de la révolution congolaise, des promesses non tenues, des espoirs toujours remis à plus tard.

Joliment filmé, l’orchestre se constitue peu à peu, tandis qu’on entend les bruits de la rue. Au moment du tournage, en janvier 2015, Kinshasa vivait de grandes manifestations anti-Kabila.

Le film suggère les liens entre passé et présent, montre ces béances de l’histoire d’où ressortent ces moments de résistance qu’on avait oubliés ou effacés. Comme si l’Afrique n’avait jamais résisté, ne s’était jamais opposée au colonialisme et au néocolonialisme.

Résistance possible

Eclairer les points cachés de l’histoire, montrer les formes de résistances passées, est une stratégie de résistance possible pour le futur, estime Vincent Meessen. Pour l’Afrique bien sûr, mais aussi chez nous, en Europe, où nous avons affaire à une forme de colonialisme des esprits, par un néolibéralisme mondialisé.

Fort de cela, il étend au Wiels le propos vénitien par des œuvres exigeantes. En creusant d’abord la figure du labyrinthe qu’il relie à l’histoire du situationnisme et de l’utopie qu’il portait. L’exposition devenant un parcours dans un labyrinthe, dans lequel on retrouve un second labyrinthe de briques.

Vincent Meessen, qui semble ici nourri d’Edouard Glissant et Raoul Vaneigem, pratique un art conceptuel du document rare qu’il retrouve et place comme une œuvre.

Ici, un film sur le rapport entre Le Corbusier et Asger Jorn, l’artiste de Cobra mais aussi l’ami de Guy Debord. Là, le projet de labyrinthe que Debord avait prévu pour la galerie Taptoe et l’idée d’Utopolis que Jorn et le collectionneur Marinotti voulaient essayer au large de l’Italie.

Ces tentatives passées résonnent encore aujourd’hui où le futur se bouche et où nous devons "errer" dans un labyrinthe contraignant. Pour en sortir, l’urbanisme, l’architecture, l’art, la pensée doivent sans cesse être "rechargés" politiquement disaient les situationnistes. De manière très intellectuelle, Vincent Meessen reprend cette volonté.


Vincent Meessen, "Sire, je suis de l’ôtre pays", au Wiels Bruxelles, jusqu’au 24 avril