Arts et Expos

S' ils continuent leurs actions, qu'ils le fassent à visage découvert!», s'exclamaient les organisateurs de l'exposition «Art on Cows Brussels 2003» lors d'une conférence de presse. Depuis le 21 juin, 187 vaches «pas comme les autres» ont investi Bruxelles, broutant paisiblement le macadam, bercées par le bruit de la circulation et scrutées par des passants intrigués. Jusqu'à ce que lundi dernier, leur quiétude soit troublée: une des leurs, Deci-Bella, parrainée par Fortis, a disparu. Elle se promenait tranquillement le long des allées du Parc Royal quand des inconnus ont décidé de l'éloigner de son troupeau. Précédemment, cinq autres vaches s'étaient déjà «perdues». Toutes furent néanmoins vite retrouvées. Pour Deci-Bella, c'est une autre affaire qui, après une semaine, devient «inquiétante».

Les organisateurs insistent: « C'est un acte gratuit et dégradant. De plus, cette vache ne pourra plus être mise en vente au profit d'oeuvres caritatives». En effet, en plus de vouloir rendre Bruxelles plus belle, gaie et ludique, «Art on Cows» prévoit de vendre certaines de ces vaches aux enchères, afin de reverser les fonds à des oeuvres de bienfaisance.

Ce n'est pas tout: une opération organisée a aussi été lancée, visant à arracher systématiquement les plaquettes d'identification des vaches qui reprenent leur nom, celui de l'artiste et du sponsor / mécène. Derniers faits mais pas des moindres: des taggeurs et des vandales s'en sont également pris aux bovidés.

Appel au débat

Aux arguments des détracteurs du projet, Nathalie Saverys, responsable de la communication pour «Art on Cows», répond: «Nous sommes prêts pour le débat. Lorsqu'on nous accuse d'agir dans un but commercial et de ne pas faire de l'art, ce n'est pas l'objet de la question. On voulait simplement réaliser un événement créatif et ludique, accessible à tous ». Philippe Caufriez, jeune artiste, rétorque: «Je suis contre la pollution visuelle. On fait croire au public que les plasticiens ont du travail et que les politiques mettent l'art à la portée de tous. Bref, on fait croire au quidam que l'art et l'artiste sont encouragés alors qu'il n'en est rien. Les quelques vrais artistes qui ont décoré les vaches sont très mal payés par rapport à l'inventeur du concept et aux organisateurs. Pourquoi toujours mélanger l'art et le social? Est-ce qu'on oblige un avocat, un journaliste ou un médecin à donner un pourcentage de son travail à des oeuvres sociales?»

Ce qui semble déranger, c'est l'aspect commercial du projet: «C'est de la pub déguisée et pas du mécénat. On a beaucoup plus parlé des banques ou des commerces qui ont acheté les vaches que des artistes qui les ont peintes. Ceux-ci ne pouvaient d'ailleurs pas faire ce qu'ils voulaient, d'où le caractère «con-vivial» de l'événement. Il faut veiller à ne pas choquer le consommateur qui doit être de bonne humeur pour consommer», ajoute Philippe Caufriez.

Du côté des sponsors, les avis sont partagés quant aux retombées économiques. Pour le magasin de jouets Serneels, place Stéphanie, l'action semble porter ses fruits. D'après Brigitte Serneels, la situation de leur vache - proximité du magasin - joue en leur faveur. Xavier Deswaes, porte-parole chez Fortis, explique, lui, que leur participation représente un intérêt commercial tout en leur permettant de prendre part à la réalisation d'un projet culturel. Enfin, pour Cédric Legein, responsable au «Pain Quotidien», ce n'est pas de la publicité mais un clin d'oeil.

Mais que fait la police?

D'après Nathalie Saverys, «la police bruxelloise est moins présente dans les rues qu'à New York ou à Luxembourg - deux villes qui ont également accueilli l'exposition (NdlR). Aujourd'hui, Sécuris, société chargée de la protection et de la surveillance des vaches, travaille en collaboration avec la police». «Art on Cows», outre le renforcement des patrouilles Sécuris, a aussi mis en place plusieurs services. Sur Internet, le «Cow Search» propose aux visiteurs de télécharger un avis de recherche de la vache Deci-Bella afin de diffuser son image. Plus concrètement, pour les vaches endommagées, un «Cow Hospital» a été inauguré par Robelco, parrain de l'exposition, dans la gare Maritime de Tour et Taxis. Cet hôpital très spécial remet gratuitement sur pattes, et en 24 heures, les sculptures accidentées. Enfin, une «Cleaning and Repair Team», équipe de nettoyage vêtue d'une tenue reconnaissable, sera désormais seule habilitée à effectuer des «actes techniques» sur les vaches.«Art on Cows» lance un avis : «A partir de maintenant, ce n'est plus eux qui nous cherchent, mais nous qui les recherchons. »

© La Libre Belgique 2003