Arts et Expos La Cité Miroir à Liège accueille une exposition du très médiatique Oliviero Toscani.  Critique de  Jean-Marc Bodson

La Cité Miroir à Liège célèbre le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme en proposant au public deux expositions qui se veulent complémentaires. A savoir d’une part l’exposition "Incursions dans une Déclaration" réalisée par le Centre d’action laïque de la Province de Liège et d’autre part "Razza Humana" du célèbre photographe italien Oliviero Toscani.

Illusoires ?

Au troisième étage du superbe bâtiment des anciens bains et thermes de la Sauvenière, le public découvre d’abord des mots affichés comme autant de slogans : solidarité, altruisme, libres ensemble… Il se retrouve ensuite face à une longue série de panneaux interrogeant de multiples aspects de cette déclaration : "Les droits de l’homme sont-ils universels ou le reflet d’une forme d’impérialisme occidental ? Sont-ils illusoires ? Certains droits sont-ils plus importants que d’autres ?" L’idée est bonne et n’est vraiment pas superflue par les temps que nous connaissons, cependant sa réalisation laisse perplexe. Sans accompagnement, il faut vraiment s’accrocher pour arriver au bout d’un propos qui serait sans doute plus digeste en ligne. Il n’est même pas certain que les classes des écoles censées venir voir cet ensemble tiendront la longueur.

On imagine que c’est en pressentant cette difficulté que les organisateurs ont songé à demander à Oliviero Toscani de prolonger à Liège le travail qu’il développe depuis une dizaine d’années. En l’occurrence, récolter des portraits à travers le monde et ainsi "capturer le visage de l’humanité". Là aussi, l’idée d’appuyer l’exposition didactique sur le développement artistique n’était pas mauvaise, mais hélas celle de faire appel à Toscani était beaucoup moins bonne.

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United Colors of Toscani

Pour rappel, l’Italien dont la carrière de photographe publicitaire en jette, est surtout connu pour avoir été dans les années 1990 celui qui a construit l’image "United Colors" de Benetton. On se souvient qu’il jouait sans cesse de la provocation précisément pour attirer l’attention sur la marque. Il forçait les tabous en montrant par exemple un malade du sida à l’agonie ou une nonne embrassant un curé. Bref, il ne faisait pas dans la dentelle et à voir cette exposition, ne le fait toujours pas.

En effet, au quatrième étage de la Cité Miroir, le visiteur est amené à déambuler au milieu de 700 portraits - dont 500 Liégeois et 200 du reste du monde - imprimés à taille d’homme. C’est dire qu’on ne nous épargne rien des visages très agrandis quand ils ne sont pas flous comme c’est le cas pour quelques-uns. Des visages de la géographie, on passe à la géographie des visages sans qu’un poil de nez ne nous soit épargné. Où l’on se rend compte que voir de près n’est pas mieux voir.

Et ce ne sont pas les sentences assénées par l’auteur dans la vidéo qui nous aideront à mieux comprendre quoi que ce soit. Du genre : "Nous sommes tous différents, mais nous appartenons tous à une même espèce, la razza umana (race humaine NdlR)." Quand on a dit cela, on n’a rien dit et rien démontré. Contrairement à ce que les organisateurs avancent, il n’est pas évident du tout que le fait "d’observer nos particularités et nos caractéristiques nous amène à comprendre nos différences". C’est même la démonstration inverse qui nous est donnée. D’évidence, les différences physiques ne nous apprennent rien.

On reste sur sa faim, car on aurait aimé savoir à quel degré, selon sa nationalité ou sa classe sociale, chacune des personnes photographiées bénéficie des droits de l’homme. Au lieu de quoi on a droit à un "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".

"Razza Umana", photographies d’Oliviero Toscani et "Incursions dans une déclaration" à Liège, La Cité Miroir, place Xavier Neujean, 22. Jusqu’au 1er avril, du lundi au vendredi, de 9h à 18h et du samedi au dimanche de 10h à 18h.