Arts et Expos

Le titre de l’expo - "Comme un ananas" - nous laissait pour le moins dubitatif, et l’arrivée sur place nourrit, ce matin là encore, bien plus de questions que de réponses. Nous allions voir la carte blanche de Philippe K. à la galerie des galeries, et nous tombâmes sur une galerie (çà, c’était juste) de portraits d’hommes et femmes politiques, dans des situations d’associations curieuses... Rachida Dati, un iPod et un perroquet, De Villepin et "Le Cri" de Munch, tiens, tiens... La légende - qui, habituellement, éclaire sur la nature de l’œuvre en place - s’avère ici être une voix off des personnages politiques "en situation irrégulière" - pour une fois que ce sont eux et pas les autres. Exemple au hasard, avec Fillon, l’ami des situations irrégulières : "François Fillon + pétanque" : "Il pense à ce petit cochonnet, il pense à la solitude."

Philippe K. rentre dans la tête des hommes de tête et accède à l’un de nos questionnements. A quoi peuvent-ils bien penser en nous gouvernant. En nous commandant, mais pas seulement. N’avez-vous pas toujours rêvé d’entendre ce que pense Raffarin quand il est à la piscine : "Il pense qu’il est en train d’oublier le numéro de son casier au vestiaire. Ça lui est déjà arrivé au collège." Dans le tableau intitulé "Alain Juppé + mousse à raser", un dessin au crayon où l’ancien ministre est noyé dans une mousse à l’épaisseur d’un nuage, on peut lire : "Il pense qu’il devrait acheter un nouveau blue-jeans pour les samedis", ce qui nous rappelle à un autre homme politique, moins présent depuis quelque temps, et qui s’était plu à raconter ce qu’il pensait, lui, quand il se rasait. L’activité triviale du coupage de poil donnait lieu à des réflexions sur l’avenir de la France... S’il n’est plus sur le devant de la scène, peut-être cela signifie-t-il qu’il ne pensait plus à rien en se rasant le matin. Juste à finir sa journée.

La galerie de portraits politiques termine dans un cul-de-sac, pas éclairé, d’où seul filtre la voix du prophète Katerine qui chantonne, mi-sentencieux, mi-amusé, la chanson de l’expo : "Comme un ananas, j’ai passé ma vie à moitié entier, à moitié en tranches/A moitié debout, à moitié qui penche." Au mur, des post-it raconte l’histoire d’un ananas, perdu dans la vie, qui a besoin de retrouver sa moitié. S’en suit une seconde galerie d’aquarelles, représentant des lieux de Paris, inconnus au bataillon où se déroulent des tranches de vie...

Le public qui déambule semble très perplexe, mais, bientôt, comprend ce que l’artiste a voulu dire. A travers chaque médium (le dessin politique, le post-it, représentation shématique des paroles de sa chanson, les aquarelles de ses lieux de vie et de passage), l’artiste raconte chaque fois la même histoire, et chaque objet plastique se répond. La pétanque de Fillon correspond au petit ananas qui, littéralement, a les boules d’être oublié, et entre en écho avec cette scène parisienne, peinte par Katerine, où l’on voit un panier de basket barré du mot "free" ("libre") et qui est cependant enfermé derrière un haut portail de protection.

A travers ses déambulations urbaines, dont il narre la vacuité, Katerine raconte son histoire, celle de son quartier, décrit avec une générosité pleine d’humour, les petits personnages qu’il a dans sa tête et qui ne sont pas si éloignés des hommes de tête. Et l’on assiste, fasciné, au découpage d’une pensée amusante mais affûtée, qui a l’humilité de terminer par une représentation plastique des vanités, les siennes et celles des autres. Qui aurait cru que chacun de nous avait tant à voir avec un ananas ?

"Comme un ananas", Philippe Katerine, à La galerie des galeries, Paris VIIIe, jusqu’au 7 juillet. Infos sur www.galeriedesgaleries.com

Bruxelles, à 1h22 de Paris avec Thalys. Plusieurs liaisons par jour. Infos et rés. sur www.thalys.com.