Ostraca et dessins égyptiens

Roger-Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts visuels Petite, dense, expliquée par de larges panneaux informatifs, l’exposition est aussi un plaisir pour les yeux qui nous plonge tête baissée dans l’une des expressions majeures de l’Antiquité. L’Egypte fascine, et l’étude de la particularité de ses dessins est une satisfaction supplémentaire, quand on sait que le dessin demeure la plus évidente des concrétisations d’une âme soucieuse de dire au monde ce qui l’occupe et la préoccupe. Qui aime découvrir et connaître ne pourra rester insensible à cette opportune mise à plat de ce que l’on sait, aujourd’hui, sur la pratique du dessin dans les temps les plus reculés.

C’est en 2004/2005 qu’une équipe de chercheurs des Musées royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire a découvert, en Haute Egypte, entre Louqsor et Assouan, des gravures rupestres ou pétroglyphes, tracés à l’air libre, sur les falaises abruptes. Remontant au Paléolithique tardif, ces vestiges accusent, à tout le moins, 11 000 ans d’âge. Figures réalistes d’animaux - de l’auroch à l’hippopotame et aux oiseaux aquatiques, aux poissons -, de quelques figures féminines aussi, le site de Qurta s’est avéré riche et sans doute contemporain des grottes européennes d’Altamira et Lascaux. Cette découverte témoigne de la présence du dessin en Egypte depuis les temps les plus reculés, alors qu’il n’y avait ni pharaons, ni hiéroglyphes.

Introduction faite, l’exposition concentre son intérêt sur le rôle des scribes et des ateliers de dessinateurs, certifiés efficaces à partir du Moyen Empire mais très organisés à partir de l’époque suivante, le Nouvel Empire et la XIXe dynastie, entre, approximativement, 1295 et 1009 avant Jésus-Christ.

Chefs-d’œuvre fréquents

La manne récoltée pour l’expo provient des plus grandes institutions belges et européennes. On y voit à quel point les artisans étaient déjà des artistes obsédés par le souci de répondre à l’attente du pharaon. Les ateliers de Deir-el-Medineh et de Saqqara auront livré à la postérité des documents et des objets de toute beauté. Parmi eux, de nombreux "ostraca", morceaux de gravats dessinés et peints, illustrant l’environnement de populations éprises de figures divines, légendaires ou quotidiennes. En 1930, Jean Capart, réussit à en obtenir quelques dizaines, richesse incontestable de notre musée national. Exemple de figure : une "Souris buvant au siphon" ou des "Animaux musiciens". Ce qui prouve l’amplitude de sujets évoqués non sans humour.

Dans l’exposition, tout le processus de fabrication des dessins sur papyrus, poteries, statuettes, textiles, retables, coupelles et stèles est passé au peigne fin, expliqué et détaillé avec de très beaux joyaux à la clé. Avec une évocation, utile à son tour, des outils utilisés. Exemples choisis : la copie et l’original fort abîmé d’un "Papyrus pornographique et parodique", conservé à Turin. Que de phallus éblouissants ! Une "Statuette, en bois peint, de Touéris par le dessinateur Prihotep" n’est pas plus à négliger que la "Statuette du dessinateur Nebré" en calcaire peint, prêtée par le British Museum. Magnifique, ce "Fragment de paroi d’une tombe royale", conservée au Musée Calvet d’Avignon, ou cette "Grande Stèle de Dédia, chef des scribes dessinateurs d’Amon", en diorite, du Louvre. Ou des Musées royaux, une "Scène de navigation", stuc peint sous la XVIIIe dynastie. Enfin, et c’est loin d’être tout, une subtile peinture de "Jeune femme", propriété de Hanovre.Roger Pierre Turine

Bruxelles, Musée du Cinquantenaire, jusqu’au 19 janvier, du mardi au dimanche, de 10 à 17h. Infos : 02.741.72.11 et www.mrah.be

Très utile livre catalogue bien illustré, 125 pages en couleurs : "L’art des ostraca en Egypte ancienne, morceaux choisis" par Luc Delvaux et Amandine Pierlot, Editions Racine, 24,95 €. Et "Regards sur le dessin égyptien", 87 pages en couleurs, Editions du Musée.

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