Arts et Expos

Si le hasard menait le curieux ou le féru d’art actuel jusqu’en Bretagne, il ne manquerait pas d’être surpris par la qualité des démarches de médiation entreprises à ce sujet. Sortant un peu des sentiers battus - par les touristes avides de la côte bretonne -, il pourrait mettre le cap sur le domaine de Kerguéhennec, immense parc arboré où se cachent, dans un paysage bien maîtrisé, quelques impressionnantes et hétéroclites sculptures contemporaines. Face au château du XVIII e siècle - qualifié maladroitement de Versailles breton - s’ébattent pêle-mêle les gastéropodes de Tony Cragg, un cercle de pierres signé Richard Long, le charme tourmenté d’un certain Penone. L’objectif était simple lors de la création de ce parc, il y a près de 25 ans : l’Etat fit une commande publique auprès d’artistes dans l’idée qu’ils développent, en fonction de l’espace et surtout de leurs envies, une sculpture unique, dédiée au lieu, où prime la notion d’ in situ . Et les artistes invités ne se sont pas privés.

On épinglera à ce propos le "Sentier de charme" de Giuseppe Penone, structure élancée de forme humaine, faite de bronze et renfermant une jeune pousse d’arbre - de charme précisément. Manière poétique de faire cohabiter art et nature. Plus loin, en lisière de forêt, les "Sept colonnes de Mallarmé", signées Etienne Hajdu, évoquent une langue pas encore inventée, les paroles et chuchotis du promeneur résonnant étrangement au cœur de la sculpture métallique, recouverte de runes énigmatiques. Partout où l’œil se pose, il voit quelque chose émerger, suscitant question. Tandis que "L’Oiseau phénix" de Carel Visser, étrange objet de métal qui partage beaucoup des attributs d’une moissonneuse-batteuse, interroge les rapports entre nature et culture, le "Porte-Vue" de Keith Sonnier démontre avec finesse que l’art est des plus visionnaires.

Malgré sa richesse, le domaine a failli fermer en juin dernier, le conseil général du Morbihan estimant que le contenu exposé, trop élitiste, ne répondait pas aux attentes du grand public. L’on s’insurge contre cette idée, tant le lieu permet aux visiteurs de s’imprégner de la démarche inhérente à l’art contemporain. On aimerait évidemment que le lieu soit mieux médiatisé; gageons que ce sera l’œuvre prochaine du conseil général qui reprendra les rênes. Il aurait tort d’ailleurs de ne pas profiter de l’aura de l’art contemporain dans la région.

Depuis 19 ans, en effet, à quelques lieues de là, l’asso "l’Art dans les chapelles" propose à des artistes d’investir les chapelles qui parsèment la région de Pontivy. Un concept qui marie patrimoine et création contemporaine, dont la longévité prouve l’efficacité. Si ces chapelles (fermées le reste de l’année, en dehors des cultes) attirent le touriste, il se sent bientôt concerné par la démarche et suit avec frénésie le "circuit des chapelles", au total quatre parcours de 30 à 50 km jalonnant la campagne, et au cours desquels chaque arrêt signifie la découverte potentielle d’un univers particulier. Cette année, parmi les œuvres qui nous auront marquée, le gigantesque "Air Pillow" de l’artiste américain James Hyde, qui donne, à travers cet objet du quotidien - imposant, il est vrai -, une impression de familiarité à l’architecture qu’il habite. En quelque sorte, une "peinture gonflée dont on fait le tour sans jamais en voir le bout". Si certaines œuvres suivent le parti pris de l’in situ et se font maîtresses de l’espace avec force - c’est le cas de la sculpture éclatée de Nicolas Guiet, qui fait du chœur une sorte d’écran géant mis à nu -, certains travaux tiendraient aussi bien au sein d’une galerie - ce qui n’enlève rien à leur intérêt premier. On accède cependant plus aisément au sujet de l’artiste, quand il est magnifié par la sérénité - voire la spiritualité - qui se dégage des lieux.

L’art dans les chapelles, jusqu’au 19 septembre. Infos sur artchapelles.com. Le parc de Kerguéhennec est ouvert toute l’année, de 10h à 18h. Accès gratuit.