Arts et Expos

La treizième édition du Parcours d’artistes de Saint-Gilles fait la part belle à la photographie. Une sorte de parcours dans le parcours qui, cette année, prend l’allure d’une déambulation de la déglingue. Entendons-nous, les propositions elles-mêmes sont d’excellente tenue, mais c’est ce qu’elles nous montrent qui est en déconfiture. Au point que Marina Pierard et Bérangère Zambaldi intitulent leur exposition à la Maison du Livre. A quoi rime le goût des lieux perdus ? Une question à laquelle leurs images n’amènent pas de réponse, si ce n’est du côté de l’esthétique de la ruine. Précisément, de ce point de vue, l’impressionnante installation Detroit-USA, métamorphose d’une ville d’Yves Marchand & Romain Meffre à la Maison du Peuple, pousse le propos plus loin que les apparences en nous montrant une sorte de Pompéi des temps modernes.

Dans leurs photographies très détaillées, la ville américaine de l’automobile semble, en effet, avoir été vidée d’un seul coup par le volcan de la crise. Non seulement, l’architecture grandiloquente y est en déliquescence, mais en plus, les bâtiments recèlent encore meubles et papiers divers, comme si la fuite avait été soudaine. Plutôt que le lent déclin qu’évoque la ruine romantique des peintures et chromos, on fait ici le constat de la violence de l’économie dans notre monde, et face à elle, celui de l’impuissance humaine. C’est un propos semblable que l’on retrouve dans l’excellent travail au long cours de Colin Delfosse et de Julie David de Lossy dans les cinq ex-républiques soviétiques d’Asie centrale.

En effet, il y est aussi bien moins question d’esthétique nostalgique que de déclassement postmoderne non assumé. Manifestement, l’héritage environnemental y est catastrophique, et cela, même si les auteurs nous en montrent parfois avec humour les côtés surréalistes. En tout cas, peu importent les ruines finalement, c’est de faillite étendue dont il est question, de perte de sens et d’abandon de l’échelle humaine.

C’est pourquoi, il est si réconfortant de découvrir les passionnés du jardinage urbain dans l’exposition. Entre les pavés, des jardins à la Maison des Cultures. Les images optimistes et proches des gens, réalisées par Patrick Zachmann, Jacques Villet, Ardine Nelson et Hector Martin Moreno, mettent en évidence la nécessité du maillage dans les interstices de la ville. Tout comme celles de Vincen Beeckman dans "Les identités métissées", au Jacques Frank, elles renouent avec un humanisme si mal traité de nos jours. Dans une même veine, il ne faut pas manquer Format carte postale à la Charcuterie (sic), à deux pas de l’hôtel de ville. Les tirages d’univers très différents, effectivement de petit format, nous entraînent dans un dialogue intime et poétique avec leurs auteurs. Simple et simplement délicieux !

"Parcours d’artistes". Saint-Gilles, Maison du Peuple, Parvis Saint-Gilles, 37. Jusqu’au 20 mai. Infos : http://stgillesculture.irisnet.be