Arts et Expos

Paris a pris possession le 13 juillet dernier de son 37 éme pont, une élégante passerelle de chêne et d'acier qui enjambe avec légèreté la Seine et porte le nom de l'écrivain féministe et philosophe Simone de Beauvoir. Le plus ancien -et le plus célèbre- des ponts de Paris est le Pont Neuf, dont le roi Henri III posa la première pierre en 1578, mais qui ne fut achevé qu'en 1604, sous Henri IV, dont il porte une statue équestre. C'est la quatrième passerelle réservée aux piétons après le pont des Arts (1804, reconstruit en 1984) et les passerelles Debilly (Expo 1900) et Solférino (construite en 1999) qui relie les Tuileries au musée d'Orsay.

Conçue par l'architecte autrichien Dietmar Feichtinger, cette passerelle est formée de deux élégants arcs inversés, et franchit la Seine, d'une seule traite, sans pile intermédiaire, pour relier deux quartiers de l'est parisien. Le parcours total est de 304 m pour un franchissement principal de 190 m entre appuis. La passerelle relie les 12 éme et 13e arrondissements, soit le site de la Très Grande Bibliothèque (les tours futuristes de Dominique Perrault pour la bibliothèque François Mitterand) au centre d'un quartier en pleine expansion, et Bercy en face, avec la salle omnisports, la Cinémathèque et les ministères. Ce pont s'inscrit dans un vaste plan de renaissance de cette zone de la ville.

Dangereuses vibrations

Cette passerelle est réservée à la circulation «douce» : seuls les vélos, rollers et piétons pourront l'emprunter.

Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a assuré que cette «place publique suspendue sur la Seine» constituait une «innovation totale» et une «prouesse technologique».

«Nous sommes tous des enfants de Simone de Beauvoir», a-t-il aussi lancé en présence de Sylvie Le Bon de Beauvoir, fille adoptive de l'ancienne compagne de Jean-Paul Sartre.

Cette passerelle est aussi un exploit technologique. Ne fût-ce que pour vaincre les oscillations, devenues une obsession des architectes depuis que la passerelle devant la Tate Modern à Londres, due à Norman Foster, s'était mise à vibrer dangereusement quelques heures après son inauguration, comme avait vibré à ses débuts la passerelle Solférino, devant les Tuileries. La veille encore de l'inauguration de la passerelle Simone de Beauvoir, des centaines de volontaires, élèves de grandes écoles, y marchaient à un pas cadencé pour tester les éventuelles fréquences de résonance.

La passerelle a deux «ponts», un pont supérieur offrant une vue panoramique sur Paris et une partie inférieure qui est comme une place de 12 m de large sur 65 m de long, susceptible d'inviter le promeneur à la halte et d'accueillir des petits commerces comme des bouquinistes. Avec ses courbes et son nom de femme, cette passerelle a vite été qualifiée de féminine. Son architecte Dietmar Feichtinger (lauréat d'un concours) ne cachant pas son admiration pour l'architecte brésilien Oscar Niemeyer dont on sait que les formes des belles Brésiliennes allongées sur la plage d'Ipanema l'inspiraient souvent dans ses esquisses.

D'un coût de 21 millions d'euros, mariage entre un pont de lianes et une arche, ce pont et «sa lentille centrale» sont commentés ainsi par son auteur: «Les deux éléments synergiques, l'arc surbaissé et la suspente caténaire, collaborent et s'équilibrent, et leurs courbes imbriquées dessinent des parcours croisés. Au tressage des lignes de force, répond l'entrelacs des cheminements. Dans ce schéma, le passant est libre de choisir sa traversée: il peut monter pour découvrir le site ou descendre se nicher au creux de la charpente.»

© La Libre Belgique 2006