Arts et Expos

ENTRETIEN

Onze mois après avoir été nommé à la tête du Palais des Beaux-Arts, Paul Dujardin, 38 ans, expose pour la première fois `son´ projet. Le plus clair, le plus emblématique est la restauration du grand Palais des Beaux-Arts imaginé par Horta. Il a fait vider le bâtiment de tous ses bureaux et salles de ventes.

Une fois les 28000 mètres carrés `nettoyés´, le Palais new-look attirera comme un appel d'air, espère-t-il, nombre de projets culturels. Rien qu'en termes d'expositions, la surface disponible sera quasi quadruplée. Paul Dujardin esquisse son plan artistique dans les grandes lignes. Il a préparé activement ce projet depuis près d'un an avec son équipe de direction composée de Gabrielle Claes (Cinémathèque), de Christian Renard (ex-Philharmonique) et de Thomas Simon (un Français nommé `chief operating officer´). Le tout avec l'appui de son conseil d'administration dirigé par Étienne Davignon avec qui, dit-il, le courant passe très bien.

Il lui restera bien sûr à concrétiser ses ambitions de passer de 750000 visiteurs annuels à 1,5 million et il devra trouver le financement nécessaire, qu'il n'a pas encore, préférant `foncer´ d'abord. `Si le gouvernement refuse d'augmenter notre budget, dit-il, alors il y aura un problème, c'est clair.´

La rénovation totale du bâtiment d'Horta devrait coûter 2 à 3 milliards de francs. Comment financerez-vous ce projet prioritaire?

Le bâtiment a une dynamique exemplaire. Il se voulait pluridisciplinaire, ouvert au grand public, lieu de création autant que de représentation. Pour mettre en lumière ces différentes intentions, il importe de rendre au Palais ses proportions originales. Les premiers travaux sont en cours. Ils sont ultra-prioritaires pour sa sécurité des personnes et des biens. Ces travaux se situent dans une perspective connue et acceptée par la Régie des bâtiments, les ministres de tutelle et mon conseil d'administration. Mais tout ne se fera pas immédiatement.

Vous insistez sur la création et les artistes en résidence?

Oui, et nous commençons, par accueillir pendant trois ans l'artiste autrichien Gerhard Jaeger qui développera un projet éducatif très original. Pour la création, j'ai initié une nouvelle création d'Anne Teresa De Keersmaeker dont l'exposition sur les vingt ans de sa troupe sera au Palais l'automne prochain.

Thierry De Mey a filmé dix variations dansées par Anne Teresa sur un même thème. Sur ces réalisations seront créées dix pièces musicales réalisées par de grands compositeurs contemporains comme Steve Reich et seront jouées par l'ensemble Ictus. Cette oeuvre sera créée au Palais, en mars, et tournera ensuite à travers l'Europe.

L'espace des expos quadruplera. Il est essentiel pour cela d'avoir des projets et un public. On a parfois été étonné de vous voir choisir comme responsable de ce secteur, non pas un grand format international, mais Anne Mommens qui s'occupait d'Europalia?

Les expos sont notre premier défi, ce qui fera bouger les gens et qui nous donnera une image neuve. Anne Mommens est formidable et elle connaît bien la maison. Elle sera conseillée entre autres par Laurent Busine avec qui je débats de toutes mes idées. Nous n'aurions de toute manière pas eu les moyens d'attirer une star. Je pense faire revenir la photo avec pourquoi pas une rétrospective Avedon, réaliser une grande expo Tapies. Nous jouerons aussi notre rôle sociétal avec l'expo du Sud-Africain Goldblatt qu'on couplera avec une réflexion sur les logements sociaux.

Pour gonfler votre nombre de visiteurs, il vous faudra des choses fortes?

Nous avons fait plus de 120000 visiteurs avec Rik Wouters. Nous aurons à l'automne l'Or des Thraces pour Europalia et Anne Teresa De Keersmaeker.

On dit que vous co-dirigerez dorénavant les expos Europalia au Palais.

Oui. Pour Europalia Italie en 2003, nous avons un très beau projet avec Umberto Eco comme commissaire d'une exposition centrée sur `La Vénus d'Urbino´ du Titien. En parallèle, Europalia monte une expo sur Ferrare et il y aura une troisième expo `Verso Oriente´ sur les apports de l'Orient sur l'art italien.

Europalia passera ensuite à un rythme biennal, ce qui lui permettra d'augmenter ses moyens et pourrait faire une année Russie en 2005 et Chine en 2007.

Vous ne boycotterez pas l'Italie berlusconienne?

On a vu que l'attitude de Tasca en France et de Mortier en Autriche n'était pas utile. Cette expo sur l'apport de l'Orient sur l'Italie ne plaît pas à certains Italiens qui n'aiment pas devoir admettre cet apport.

Vos autres points forts restent la musique et le cinéma?

La musique, bien sûr. Et le cinéma qui migrera à travers le Palais et aura une toute nouvelle salle réservée aux nouveaux médias qui sera coachée par un nouveau responsable au Palais travaillant avec la Cinémathèque.

Pour les arts de la scène, vous laissez l'initiative au Rideau et à vzw Paleis, très actif en danse, mais ce dernier pourrait vous quitter?

Les arts de la scène dépendant des Communautés. Je ne connais pas les plans d'Anciaux sur le vzw Paleis. On avait parlé de fusion avec le festival des Flandres. Je reste ouvert. Si Frie Leysen a des projets...

© La Libre Belgique 2002