Arts et Expos

A un petit mois de ses 95 ans, le poète et peintre français Jacques Truphémus (1922-2017) s’est éteint vendredi, sans tapage, dans sa bonne ville de Lyon qui, depuis 1941, avait accueilli ce natif de Bordeaux, à la lointaine ascendance de la Provence grecque.

Nous avons maintes fois évoqué le travail tout en subtilité, frémissement et transparence de ce peintre qui, pour classique par ses thématiques, n’en réalisait pas moins une peinture actuelle, largement reconnue et aimée depuis que le galeriste parisien Claude Bernard le montrait régulièrement (depuis 1991).

Au printemps dernier, nous évoquions dans "La Libre" la magnifique rétrospective de soixante tableaux de toute une vie qui lui était consacrée à la Maison Caillebotte, à Yerres, près de Paris. L’artiste y rayonnait de bonheur, de simplicité, de sage satisfaction.

Une palette enchantée

Cette reconnaissance ultime (il expose toutefois en ce moment au Musée Hébert, à Grenoble, jusqu’au 6 novembre) fut, hélas, son chant du cygne. Elle le fatigua et il avait depuis reposé ses pinceaux et couleurs dans leurs boîtes, décontenancé d’avoir perdu toute énergie. Car sa peinture est le reflet d’une énergie qui, associée à une sensibilité et une palette chromatique enchantée, convainquit les plus récalcitrants que la peinture n’est pas une question de mots mais, simplement, une affaire de regard et d’intériorité.

Son ami, l’écrivain Louis Calaferte l’avait saisi, qui écrivit : "Je dis que Truphémus est un poète-peintre, qu’il écrit des images, qu’il peint des sons, qu’il nous murmure une confidence qui est lui-même, que sa peinture a une voix qu’on ne peut pas ne pas entendre… discrète, prenante, insidieuse." Un autre poète, Yves Bonnefoy, décrivit avec tact cette peinture de l’âme. Et Balthus fut un de ses chauds partisans : "Vous appartenez à la lignée de Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti - tout en étant essentiellement Truphémus - c’est-à-dire unique." Nous l’avions eu au téléphone il y a peu et, si sa voix restait ferme et douce à l’oreille, ce chantre de l’optimisme nous laissa comprendre une triste issue : "Cela ne va plus, je suis totalement épuisé. Une question de plaquettes que les médecins n’arrivent pas à résoudre. J’ai eu une vie heureuse, tout à une fin, je dois l’accepter."

"La peinture n’est pas faite pour les gens pressés", disait-il avec sagesse et bonhomie.