Arts et Expos

A côté de la belle rétrospective Gauguin, la Fondation Beyeler à Bâle, a eu l’excellente idée de proposer une seconde exposition, consacrée cette fois au peintre anglais contemporain, Peter Doig, né à Edimbourg en 1959 et qui vit actuellement entre Trinidad, Londres et New York. Un artiste majeur, favori d’ailleurs des collectionneurs.

A la recherche du mystère

Le parallèle avec Gauguin s’impose. Tous deux expérimentent la peinture, les couleurs, les chromatismes subtils et intenses, pour nous communiquer une humeur, une émotion, un sentiment. Alors que l’art contemporain à la fin du XXe siècle était au conceptuel et aux installations, Peter Doig, comme Luc Tuymans et Marlène Dumas, ne quitta jamais la peinture, témoignant de la capacité infinie à la renouveler tout en se nourrissant de l’histoire de l’art.

On retrouve Gauguin, bien sûr, dans "Paragon", où des indigènes de l’île de Trinidad dans les Caraïbes jouent au cricket sur la plage : les mêmes couleurs saturées, le cloisonnement des formes, l’absence de perspective. Trinidad est le Tahiti de Doig, son ailleurs, sa "terre étrangère", son lieu que la pollution contemporaine n’aurait pas encore (trop) atteint.

On retrouve ce lien dans "Pelican", où un homme marche sur la plage devant une cascade et un palmier.

Mais si Gauguin fut charmé par la beauté des Tahitiennes, Doig cherche le mystère. Comme dans sa série la plus célèbre, "100 years ago", où un homme d’aspect inquiétant est assis dans un canoë, seul au milieu de la mer. Au loin, on voit Carrera, l’île prison de Trinidad, comme l’île aux morts de Böcklin. Dans ces tableaux règne la mélancolie, la solitude dans le temps et l’espace.

L’œuvre imprimé essentiel

Peter Doig excelle à rendre ces grands thèmes du détachement du monde de manière neuve comme ces figures assises, blafardes, dans un bateau rouge se dissolvant entre l’eau et le ciel.

Etrange aussi, ce lac immobile avec une voiture de police et un homme criant. Un malheur semble rôder.

Le subtil travail des couleurs, les nombreuses couches, les couleurs, les juxtapositions audacieuses, les parties laissées floues : ses peintures sont entre la figuration et l’abstraction.

C’est peut-être quand il peint la neige (comme Courbet l’avait fait pour ses "chasseurs") ou qu’il cherche le reflet sur la glace d’un lac, qu’il nous touche le plus.

A coté de la nature, Doig cherche parfois son opposé : l’ordre amené par l’homme, comme les immeubles de Le Corbusier émergeant d’un entrelacs de branches, ou comme ces murs colorés coupant l’horizon de Trinidad.

Doig a repris cette belle phrase de Stevenson en exergue à cette expo : "Il n’y a pas de terres étrangères. Seul le voyageur est étranger."

Tout le sous-sol de la Fondation Beyeler présente en plus, pour la première fois, l’œuvre imprimé de Peter Doig (gravures, lithographies, aquatintes) qui montre bien le long travail qui a précédé les grandes peintures du rez-de-chaussée. Comme dans la belle exposition de l’œuvre imprimé de Luc Tuymans, actuellement à La Louvière, ce travail s’avère magnifique et essentiel.


Peter Doig, Fondation Beyeler, jusqu’au 22 mars.