Philippe Geluck se pend aux murs

Olivier le Bussy Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Soyons sincère. A force de le voir (à la télé), de l’entendre (à la radio) et de le lire ("Le Chat" en bande dessinée, de vraies-fausses encyclopédies, des portraits ) depuis une trentaine d’années, on en était venu à considérer Philippe Geluck comme un membre de la famille. Plus exactement, comme le vieux tonton dont on ne sait plus trop pourquoi il nous faisait tant rire.

"L’expo du Chat" qui s’ouvre ce vendredi à Bruxelles agit comme une utile piqûre de rappel. Qu’on se le (re) dise, Philippe Geluck est un artiste tout-terrain épatant, un chatouille-méninges à l’inspiration. Et formidablement drôle, donc.

Construite autour de toiles à l’acrylique, de sculptures, de gravures détournées, de dessins et de planches originales - de son félin fétiche, mais pas seulement - l’exposition se décline en trois lieux de la capitale : la galerie Petits papiers, qui a établi ses nouveaux quartiers au Grand Sablon, la Lancz Gallery, sise à un jet de pierre et enfin, le magasin Schleiper, à Saint-Gilles, qui accueille des travaux imprimés.

Un retour aux sources (Geluck est né à Bruxelles, en 1954) qui répond à trois promesses. "Petits papiers m’avait demandé d’exposer chez eux, mais j’étais très occupé par le projet d’animation du ‘Chat", explique Philippe Geluck, au troisième et dernier niveau de la galerie. Patrick Lancz, galeriste spécialisé dans la peinture de la période 1880-1930 est un voisin et ami, Schleiper s’était fendu d’un geste commercial lors d’une précédente exposition. "Comme j’avais fait des expos importantes pour les 20 ans du Chat (en 2004) , que je n’avais plus fait d’expo-vente à Bruxelles depuis 1991, je ne voulais pas faire une petite expo comme ça", poursuit Philippe Geluck.

Il se trouve qu’il s’était frotté à la peinture à la demande du salon du livre de Paris, en 2008. "J’ai fait une soixantaine de toiles (dont des reproductions grand format de dessins du "Chat", NdlR) ". Heureuse coïncidence : "Comme on est dans une galerie de peintures, il fallait que je fasse des pièces en relation avec l’art d’où le Lichtenstein, le Pollock, le Courbet, le Fontana", revisités par "Le Chat". De là à se déclarer peintre : "Je suis un graphiste, je peux faire des bonnes affiches, des bonnes couvertures, je suis un dessinateur limité, mais je réalise ce que j’ai dans la tête". Il ne boude pas son double plaisir de quitter les cases de bande dessinée pour le grand format. "Il y a le plaisir de la conception et de la fabrication, je peux travailler des matières. Puis il y a le plaisir d’accrocher pour le public. Au salon du livre, j’observais, caché, des groupes de gens qui riaient devant des toiles".

"Le Chat" se taille évidemment la part du lion dans la triple exposition. Né dans les colonnes d’un supplément "Soir" en 83, "Le Chat" s’est ensuite (et simultanément) baladé dans les pages d’ "(A Suivre)" et dans celles d’une collection de journaux européens, américains et même iranien. Tout en prêtant son image à une infinité d’opérations commerciales - "A chaque fois des œuvres originales", insiste Geluck.

L’humour nonsense, les citations loufoques, les jeux de mots tordus, les acrobaties linguistiques et autres aphorismes du "Chat" n’ont pas pris une ride. "Il n’a jamais été à la mode et donc ne risque pas de se démoder", estime Geluck. "Je pense qu’il ne me quittera jamais . Maintenant, je sais que si j’y vais avec des pieds de plomb, je m’arrêterai. Je ne voudrais pas qu’il se mette à décliner et à lasser".

Si le succès du "Chat" doit beaucoup au verbe, on aurait tort de négliger la force du dessin. A priori simplissime - pas ou peu de mouvements, de décor, pas d’univers développé - mais diantrement efficace. Beaucoup de planches de bandes dessinées, et non des moindres, perdent leur éclat en dehors des livres. En revanche, "Le Chat" sort grandi de son passage sur toile. Et notamment en raison de la pertinence du travail sur les couleurs. Hommage est d’ailleurs rendu par Geluck dans l’expo à Françoise Procureur, récemment disparue, qui avait donné au "Chat" son identité couleur (vive) avant de passer le pinceau à Serge Dehaes - pour les toiles, c’est Geluck qui s’y colle.

Et il a la cote. Le prix des dessins exposés va de 1500 à 1800 euros, celui des toiles évolue entre 5000 et 30000 euros. En 2009, lors d’une précédente exposition à la galerie Landsberg à Paris, "les collectionneurs se sont arraché mes Chat-Pollock. Ils ont l’impression de s’approprier un peu Pollock, qui est inaccessible. Moi ça m’amuse. Il faut quand même qu’ils sachent que c’est pour rire", prévient-il. Puis, sans fausse modestie : "Quand je vois les toiles vernies, encadrées et accrochée, je me dis que c’est quand même beau et ça tient au mur".

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