Arts et Expos Le Palais Stoclet est au coeur de l'actualité. L'exposition du Palais des Beaux-Arts sur les Wiener Werkstätte est centrée sur la prestigieuse demeure de l'avenue de Tervuren, chef-d'oeuvre de Joseph Hoffmann. De plus, le Conseil d'Etat doit statuer sur une demande de suspension de la procédure de classement introduite par la Région bruxelloise du «mobilier» du Palais. On sait que trois des quatre héritières contestent ce classement car elles veulent rester libres de disposer de leurs biens. L'auditeur du Conseil d'Etat a proposé de rejeter la demande des trois héritières, mais rien ne dit que l'arrêt suivra ce qui n'est qu'un avis.

Philippe Stoclet, petit-fils d'Adolphe, le premier propriétaire du Palais, et ses enfants sont les derniers descendants mâles à porter le nom de Stoclet. Certes, il n'est pas partie prenante à la cause puisque sa branche a cédé ses parts dans la maison Stoclet, et ses meubles, à Jacques Stoclet, le père des quatre héritières en conflit. Mais son poids est moral. Il a habité pendant quinze ans dans un Palais qu'il connaît parfaitement. Il reste très attaché à sauver cet immeuble prestigieux. Nous l'avons rencontré pour lui demander son avis sur l'actualité du Palais.

Quelle est votre réaction?

Si je me préoccupe du devenir de cette maison c'est parce que j'estime avoir une responsabilité morale vis-à-vis de mes grands-parents à en assurer la pérennité et l'intégrité. C'est aussi parce que cette maison est connue sous le nom Stoclet qui est le mien, celui de mes fils et de leur fils et que j'attache une importance extrême à garder à ce nom l'image et la notoriété que mes grands-parents lui ont donné. Dans cet ordre d'idée je me félicite de l'exposition au PBA qui permet à chacun, le privé comme les autorités publiques, de prendre conscience de l'importance de cet immeuble non seulement sur le plan artistique mais de ce qu'il représente sur le plan culturel pour la Belgique, pour Bruxelles mais aussi pour l'Autriche. Je regrette évidemment que certaines de mes cousines n'aient, jusqu'à présent, pas accepté la proposition de l'UNESCO de classement de ce monument au patrimoine mondial.

Le chancelier Schüssel est venu à Bruxelles inaugurer l'exposition au PBA. Pourquoi n'a-t-il pas visité la maison Stoclet?

Le chancelier avait demandé de pouvoir visiter la maison ce qui lui a été refusé par certaines de mes cousines. Quelles qu'en soient les raisons, elles ne justifient pas ce faux pas diplomatique vis-à-vis du chancelier Schüssel et de son hôte le Premier ministre Verhofstadt. Il est vrai que la maison est dans un bien triste état et que des travaux importants devraient être entrepris d'urgence. J'ai eu l'occasion récemment de visiter la maison que je connais bien pour y avoir vécu mes quinze premières années avec mes grands-parents et j'ai été choqué par le manque d'entretien, surtout aux 1er et 2eétages et à la façade arrière. De toute évidence il ne s'agit pas d'une situation récente mais d'une absence d'entretien qui s'étale sur plusieurs années, peut-être 10 à 15 ans. Rien n'est encore irrémédiable mais il est impératif de ne plus laisser aller les choses sous peine de se retrouver devant une situation qui deviendrait catastrophique. Cette situation provient d'un blocage entre les soeurs sur la destination du contenu de la maison.

Que pensez-vous du classement du mobilier et de l'argenterie et de l'action des trois soeurs en appel de ce classement?

Il serait mal venu de ma part de me prononcer là-dessus dans la mesure où le classement fait l'objet d'un litige entre trois soeurs et la Région et que ce litige n'est pas encore résolu. Cependant, comme je vous l'ai dit ma soeur et moi avons estimé que la part de mobilier et d'argenterie qui nous était dévolue dans la succession devait rester dans la maison et nous l'avons donc cédé à Jacques Stoclet lorsqu'il a repris celle-ci en 1951, dans le respect de l'intégrité de l'oeuvre de Josef Hoffmann et des artistes de la Wiener Werkstätte mais aussi dans le respect de mes grands-parents mécènes qui ont permis la réalisation de cette oeuvre. Le contenu Wiener Werkstätte de la maison Stoclet n'est pas nécessairement «attaché» à la maison au sens d'être «immeuble par destination» mais il est très certainement attaché à l'oeuvre totale qu'est ce monument du début du XXe et c'est l'intégrité et la pérennité de cette oeuvre totale qu'il faudrait préserver. J'ai bon espoir que mes cousines, au-delà de leurs divergences présentes, prendront pleinement conscience de ce que représente la maison dont elles ont la charge et se retrouveront pour prendre les bonnes décisions.

Comment voyez-vous l'avenir de la maison?

C'est une question qu'il faut poser à mes cousines! Il est certain que, ayant vécu avec mes grands-parents dans cette maison pendant quinze ans j'y suis très attaché. Mes cousines aussi ont vécu dans la maison et y sont donc aussi très certainement attachées. Ce lien sentimental, émotionnel fort qui est celui de notre génération ne manquera pas de s'atténuer ou même de disparaître au fil des générations. Il ne restera alors que les charges et les ennuis de la gestion de ce patrimoine et je le crains l'envie irréversible de s'en désolidariser: il incombe donc aux quatre soeurs de s'entendre pour mettre sur pied les structures qui assurent la pérennité de cette oeuvre.

© La Libre Belgique 2006