Playmobil, en avant les histoires !

Aurore Vaucelle Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Sage, très discret, poli en un mot, et puis continuellement souriant, le Playmobil est un hôte apprécié, il ne cesse de sourire, même si son utilisateur entreprend de le démonter. Le musée de Malines, séduit par cette population au succès éminent ces trente dernières années chez les enfants, a décidé de tous les inviter. Il ne faudra donc pas être surpris de rencontrer au détour d’une vitrine, un fermier, un chevalier, un Mohican géant, à la coupe de cheveux savamment dessinée.

Depuis 1974, et l’arrivée de la petite figurine sur le marché du jouet, le Playmobil s’est fait en quelque sorte une place dans notre société, adaptant à son univers miniaturisé les décors et les objets de notre temps. Et comme, dans un monde à notre image, il était difficile d’y oublier le beau sexe, dès 1976, Mme Playmobil fait son arrivée, se payant le luxe d’être dans le vent, avec sa minijupe. Cinq ans plus tard, c’est au tour des enfants Playmobil - nourrissons et garnements - d’être mis sur pied. Astucieuse et "mobile", la figurine permet surtout, en modifiant quelques accessoires, de passer d’un univers à l’autre. Tout à coup, un shérif du Far West, au stetson vissé sur la tête, se transforme, coiffé d’un canotier, en un père de famille au volant de sa voiture familiale, un 4x4 pour tout dire - le Playmobil n’est pas tout à fait concerné par l’écologie.

A partir des années 80, les activités de Playmobil se développent sur terre, sur mer et dans les airs, ouvrant ainsi le champ à de nouveaux univers, à de nouvelles histoires. D’abord le chantier, le chemin de fer, puis la station spatiale, et le camion de pompiers. Le réalisme des équipements modernes devient alors trompeur. Ne serait-ce ces policiers qui le sourire aux lèvres, ont le rôle d’être "des amis serviables", on s’y croirait presque.

Et tandis que les jeunes générations s’accaparent Playmobil, munis de tous les outils pour reproduire l’actualité, les ventes ne cessent de grimper. Le Playmobil n’était pourtant pas destiné, à ses débuts, à exister en tant qu’individu. La figurine avait été imaginée pour être le conducteur d’un petit véhicule en plastique. Le petit chauffeur, basiquement articulé, devient la vedette de Geobra. Il faut dire que cette petite tête de 7,5 centimètres correspond à la nouvelle donne du marché pour le fabricant de jouets en plastique, de conception plus économique en cette période de flambée du prix des matières synthétiques.

Opportunité économique (1), le bonhomme devient phénomène d’une société. Philippe Capart, qui s’intéresse de près au sujet (cf. entretien ci-dessous), rappelle que "depuis 74 on est beaucoup à être de la génération Playmobil, spécialement en Allemagne, France, Belgique, Espagne, Brésil Le Playmobil est devenu un objet identitaire très fort, voire mythique qui traite de l’origine pour certains".

L’expo d’ailleurs n’est pas uniquement destinée aux enfants, et l’on sent tous et chacun s’approcher des vitrines pour comparer avec son voisin le contenu de son trésor d’antan. Les plus nostalgiques pourront s’asseoir pour s’amuser à "la pyramide d’Egypte", monde récemment imaginé par les concepteurs de Playmobil - jusqu’il y a peu, il n’y avait pas de scénarisation prédéfinie mais depuis ces quatre dernières années, les Vikings, les Romains, les Pharaons ont pointé leur nez.

Coincé entre son caractère conservateur de jouet "civil" et les impératifs du marché du jouet au scénario toujours plus "prémâché", le Playmobil maintient mordicus une "bulle de liberté pour le joueur", démultipliant les possibilités de jeux de rôles et participant au développement des capacités cognitives de l’enfant. Un sacré bonhomme qui nous apprend beaucoup plus qu’on ne le pense sur notre société. Expo à consommer, mais avec modération, de peur de jouer ensuite au consommateur.

Aurore Vaucelle