Arts et Expos

De Jackson Pollock (1912-1956), on connaît surtout, sinon essentiellement, ses peintures monumentales corsées du fameux "dripping", ou l’art de projeter de haut, par jets répétés, la couleur sur une toile posée à même le sol. Un art de cibler ses envois avec une précision n’empêchant point les accidents créatifs.

Les toiles les plus connues de Pollock sont frappées de cette énergie qui enchevêtre les lignes et les points pour nous composer des fresques informelles puissantes et uniques en leur genre dans l’histoire de l’art.

Mais Pollock, à ses débuts, n’était point encore ce créateur abstrait soucieux d’enclencher l’art sur de nouvelles voies. Figuratif, il en appela aux références sociales, historiques et cultuelles.

Il y a quelques années, nous avions ainsi assisté, à Düsseldorf, à une confrontation éclairante entre les travaux de Siqueiros, le muraliste mexicain, et de Pollock, qui fut un temps à son école.

Aujourd’hui, en établissant un lien entre Pollock et le chamanisme, le commissaire Marc Restelli table sur une nouvelle donne. L’attrait de l’Américain pour les arts premiers, à l’instar d’un Gauguin, d’un Modigliani, d’un Picasso et de tant d’autres avant lui. Captivé par les arts amérindiens, et ses relations avec Siqueiros y auront peut-être contribué, Pollock avoua son attirance pour un chamanisme porteur de valeurs insoupçonnées par le commun des mortels.

Un peu comme Mondrian s’intéressa de près à la théosophie, en des temps également troublés, ceux de la Première Guerre mondiale, Pollock s’approcha des chamans par réaction aux conflits destructeurs des années trente et quarante. L’objet de l’expo.

Les voies de l’inconscient

Concept des portails mystiques débouchant sur des univers sensoriels et conférences de Jung sur l’inconscient l’habiteront durant les conflits. Et, de ses contacts avec certains surréalistes, le Français André Masson notamment, dont plusieurs tableaux sont mis en relation avec des études de Pollock, surgiront des toiles, aux formats encore réduits, chargées de références chamaniques par rejet d’une société déshumanisante.

Pour l’artiste, les sociétés primitives incarnaient un passé exemplaire. Composée par sections - Pollock et le chamanisme, Pollock et le primitivisme, les surréalistes (Miro et Masson), Pollock et la renaissance de l’homme, la chaleur mystique, l’homme et l’animal, l’homme et la femme, les pictogrammes, l’abstraction - l’exposition se déroule comme une initiation à un art d’essence spirituelle, fruit d’une pensée penétrée de symbolismes.

Et l’on y découvre, attrait incontestable pour une meilleure vision panoramique d’une œuvre aux conclusions indissociables du grand art de l’après-guerre, le parcours d’un homme à travers sa quête sacrée.

Roger Pierre Turine, envoyé spécial à Paris

Pinacothèque de Paris, 28 Place de la Madeleine, Paris VIIIe. Jusqu’au 15février, tous les jours de 10h30 à 18h. Nocturne les premiers vendredis du mois jusqu’à 21h. Catalogue. Infos: 01.42.68.02.01 Avec Thalys: 070.66.77.88 et Web www.thalys.com