Arts et Expos

Installé dans l’ancienne gare de Schaerbeek, Train World a inauguré cette semaine sa première exposition temporaire à l’occasion de son premier anniversaire. Consacrée à l’œuvre d’Hergé, celle-ci a pour thème le chemin de fer et donne lieu à un choc de deux géants à travers la rencontre de leurs univers respectifs. Celui du maître de la ligne claire et celui de François Schuiten qui a imaginé et réalisé la scénographie du musée, cet "opéra ferroviaire" comme il l’appelle et sur lequel il a travaillé pendant dix ans.

Si Schuiten n’a jamais caché sa passion pour les trains, qu’en était-il d’Hergé ? Dès les premières cases de "Tintin au pays des Soviets" (1929), le reporter prend le train pour Moscou. Une scène qui se reproduit dans plusieurs albums. "Mais Hergé, c ’était plutôt un amateur de voitures, concède Dominique Maricq, spécialiste de l’œuvre et auteur des textes de l’exposition. Il a cependant vite compris l’intérêt qu e pouvaient avoir les trains . C’ est un endroit clôt et Hergé était fasciné par les lieux dans lesquels une action pouvait se dérouler en dehors du monde. Le chemin de fer , c’était des enjeux scénaristique et esthétique, une spéculation scénaristique et de dessinateur." Comme le furent les avions par la suite, qui ont progressivement pris plus de place dans les albums. "Il avait un projet d’album finalement abandonné qui devait se passer entièrement et pendant 24 heures dans un aéroport", confie Dominique Maricq.

Méticuleux

L’exposition débute dès avant l’entrée dans le musée par la présence d’un wagon-citerne jaune frappé de la marque Loch Lomond, celle du whisky fétiche du capitaine Haddock. Une fois dans le musée, Hergé et son œuvre s’invitent par petites touches au gré de la visite des lieux. Comparée à la mise en scène de l’espace dans lequel elle prend place, cette exposition Tintin n’est pas spectaculaire. Il y a bien sûr des planches originales extraites de l’immense collection - 10 000 pièces - gérée par Moulinsart et qui ne sont pas exposées au musée de Louvain-la-Neuve ou au Grand Palais, à Paris. Il y a aussi quelques objets, mais surtout des feuillets issus des archives d’Hergé. Répartis dans une quinzaine de valises entrouvertes, ceux-ci comprennent des photos ou des plans techniques de locomotives, des catalogues des chemins de fers, des illustrations d’uniformes de cheminots, etc.

Cette documentation permet de comprendre avec quelle méticulosité Hergé travaillait. Enfin, il y a aussi des pièces moins connues comme la série des chromos didactiques présentée dans un wagon postal ou les agrandissements d’une brochure faite pour les chemins de fer en 1937.

Mais l’intérêt principal de cette exposition réside dans l’interaction entre les archives d’Hergé et la collection du Train World. Le mélange des deux est magique aux yeux de Dominique Maricq : "On peut voir des locomotives hyper impressionnantes de part leur taille et la mise en scène avec laquelle elles sont présentées. En les découvrant, on a envie de se replonger dans certains albums. C’est le cas pour la Type 38 qu’Hergé a représentée à plusieurs reprises, mais aussi sur une magnifique couverture du journal ‘Tintin’ où elle figure de façon très impressionnante. Il y a des allusions à Jo et Zette, notamment à travers les ouvrages d’art des chemins de fer."

"Tintin à Train World", jusqu’au 16 avril, à l’ancienne gare de Schaerbeek. Fermé le 25/12 et le 01/01.