Arts et Expos

Il fallait en finir avec les commémorations de la Grande Guerre. Jacques Cerami, commissaire de l’expo carolorégienne, a choisi de fustiger toutes les guerres qui nous envahissent depuis l’an 2000.

Un choix ponctué par une remarquable plongée dans les affres de combats qui tuent, éliminent, égorgent, dans l’abomination, des gens qui nous ressemblent.

Sobre, sans en rajouter - photos, peintures, sculptures, installations et vidéos, 17 artistes, 50 pièces environ - , l’exposition témoigne d’effroyables carnages, de la désolation, de la tristesse, de la colère des hommes face à l’invraisemblable.

Et tout cela au nom de qui et de quoi, pour qui et pourquoi ? "Il n’y a pas de victoire. Il n’y a que des drapeaux et des hommes qui tombent." Cette phrase d’un film de Godard, "Les carabiniers", de 1963, a été reprise par un jeune artiste d’origine arménienne, Mekhitar Garebian, sous la forme d’un néon. La phrase est reprise ici.

L’insoutenable légèreté de l’être

Faut-il avoir perdu ses repères, sa foi en la vie, son désir de sourire, son sens des valeurs, pour se lancer, brutal, aveuglé, dans des guerres sans autre idéal qu’un désir de tuer la fleur de l’âge ! Faut-il être léger de savoir et lourd de débauches.

Les artistes choisis par Cerami ont diverses origines. Les unes assorties aux guerres décrites en filigrane des images et des interprétations. Les autres, proches des nôtres, regards assourdis, épouvantés, meurtris par l’inéluctable.

Belges, Espagnols, Anglais, Américains, Grec ou Français rejoignent ici Russe, Afghan, Autrichien, Italiens, Arabe, Canadien. Les uns présents au cœur des combats, des villes saccagées, les autres qui ont réagi de chez eux en artistes conscients du monde.

Un film fort et tragique d’Olivier Morel, "L’âme en sang" (2011), révèle cet abominable état de fait de guerres sans raisons, sans issues. De son côté, l’Américain Nina Berman a photographié, rentrés d’Irak, des Américains meurtris, hagards, perdus. Ses photos ont été condamnées en haut lieu… Au nom de quoi ?

Rien ne te fera oublier…

"Rien ne te fera oublier. Chaque fois, tu repars à zéro. La guerre ne rend pas les hommes plus nobles. Elle en fait des chiens. Elle empoisonne l’âme."

Défilent : des soldats, l’arme au poing, soldats rebelles syriens, pris en photo, entre 2012 et 2013, par le Grec Giorgos Moutafis; des vues de Bagdad enfumée par les bombes, saisies par le Russe Yuri Kozyrev de 2003 à 2011; l’Afghan Massoud Hossaini a obtenu le Prix Pulitzer 2012 pour son portrait d’une petite Afghane en sang parmi ses morts; et Francesco Zizola s’en est revenu de Tikrit, Irak, en 2003, avec le cliché d’un soldat US portant le drapeau yankee et tout le poids du monde sur le dos.

Images et concepts

Plus conceptuels, l’Autrichien Werner Réitérer a, en 2008, conçu un cercueil en bois noirci duquel surgit un poing levé, tandis que le Gantois Ronny Delrue y est allé d’une installation, "Bombchildren", pour les oubliés du monde morts sans raison. De son côté, Léo Copers, ironise vertement : son squelette tête en bas, un pinceau entre les dents, cogne de la tête sur une batterie sonore et brutale. Copers s’indigne face aux violences.

Au centre de la vaste salle de l’expo, un cavalier affaissé de Marino Marini intervient pour signifier que, de la vie à la mort, le chemin est bien court !

Chanteur rock engagé, le Canadien Bryan Adams a publié un livre de photos sur les soldats anglais revenus traumatisés, mutilés, estropiés amputés de la guerre… Un livre lourd de conséquences. A quoi bon les médailles ?

Il y a Michael Matthys et ses magnifiques, oppressantes et vraies, toiles mémoires de la Grande Guerre. Et il y a tous les autres à découvrir de près. Enfin, conclusion plus souriante, il y a Jacques Tardi et son double album "Putain de guerre !" (La guerre de 14-18) qui aura donné son titre à l’expo. Un grand moment, dur, dur, dur. Et indispensable.

Musée des Beaux-Arts, Charleroi. Catalogue et Guide du visiteur. Jusqu’au 13 décembre. Rens. : www.charleroi-museum.be.