Arts et Expos

Comment les artistes belges sont-ils reconnus et considérés à l'étranger ? Quelle est leur position dans gotha de l'art ? Le critère de référence en matière d'art contemporain est aujourd'hui plus que jamais la renommée et la reconnaissance internationales.

Pour en juger, une simple liste d'expositions permet souvent de repérer les lieux d'expositions à l'étranger mais aussi leur niveau, car il ne suffit pas de montrer ses oeuvres à New York, qui reste la capitale en la matière, à Londres, Paris ou Berlin, encore faut-il que les endroits eux-mêmes participent du nec plus ultra en la matière. Des musées de préférence, des centres d'art et quelques galeries.

Presse spécialisée

On peut sans risque de se tromper et sous ce point de vue, citer au niveau des palmarès les plus fournis en ce début 2005 et sans classement, les Francis Als, Jan Fabre, Wim Delvoye, Ann Veronica Janssen, Luc Tuymans, voire Berlinde De Bruyckere.

Autre moyen plus général, consulter les quelques revues d'art contemporain dont la diffusion est vraiment internationale et repérer les artistes cités. Premier constat, les revues françaises sont très avares de nos plasticiens et plus encore les revues allemandes. D'autre part, parmi ces publications, Artforum International est la plus répandue et la plus consultée, avec cette caractéristique très particulière qu'elle compte sur environ 240 pages couleurs, près de 60 pc réservées à la publicité faite par les galeries principalement américaines et européennes, y compris plusieurs belges. C'est dire s'il s'agit là d'un mode d'information à l'impact garanti.

Au cours des mois de novembre et de décembre, six artistes de Belgique ont été cités en ces seuls pavés publicitaires hors des simples annonces regroupées : Luc Tuymans et Wim Delvoye à deux reprises, Karsten Höller, Pascale Marthine Tayou, Jan De Cock et David Claerbout.

Signe des temps, voici trois ans, on y lisait surtout les noms des Ann Veronica Janssen, Michel François, Jan Fabre et déjà Wim Delvoye.

Best of...

De manière plus significative, puisqu'il s'agit en ce cas de sélections critiques et analytiques, on considérera deux autres baromètres en ces mêmes publications. D'une part, le best of 2004 donné par treize critiques ou conservateurs eux-mêmes de réputation internationale. Et là, sur 130 possibilités, un seul nom surgit avec photo d'une oeuvre en couverture : Francis Als! Cet heureux lauréat de l'Orange Prize qui a offert les 70.000 euros à des enfants sans foyer de Mexico, sa ville d'adoption, était aussi entré au cours de l'année dans le top des records de prix de vente des artistes vivants!Non seulement, il est sélectionné mais un article conséquent lui est consacré à propos d'une expo montrée en Allemagne qui le sera prochainement au Macba de Barcelone. Ce Belge n'a jamais été l'invité d'un musée belge pour une exposition significative. Qui prendra l'initiative après ces succès?

... et commentaires

Second artiste a être gratifié d'un important article sur deux pages, un autre Belge tout autant ignoré chez nous où, il est vrai, il ne vit pas, Karsten Höller. Son exposition au Musée d'art contemporain à Marseille y est largement décrite et analysée. Même question à son égard que pour le précédent.

Sans doute est-ce moins une surprise, étant donné son omniprésence internationale surtout depuis sa participation à la Biennale de Venise, Luc Tuymans est le champion des citations et des articles, d'autant plus que la une du magazine annonce : «The Tuymans Effect», soit un texte qui se développe sur huit pages ! Il y est question d'une réhabilitation de la peinture et de l'influence exercée sur trois artistes : Wilhelm Sasnal, Magnus von Plessen et Eberhard Havekost. On laissera à Jordan Kantor la responsabilité de ses propos, néanmoins, chose sûre, les artistes n'ont pas attendu le peintre belge pour oser prendre le pinceau qui, contrairement à des idées diffusées, n'a jamais été abandonné et sait se montrer aussi audacieux qu'inventif.

La vraie surprise, et celle-là est de taille, car elle n'a pu être téléguidée, elle est un choix critique sous forme d'une découverte : dans les commentaires consacrés à la biennale de Sao Paulo, outre Tuymans, Barry Schwabsky épingle très élogieusement le duo de photographes Felten - Massinger et publie une photo ! Il y est question des «extraordinaires paysages panoramiques» tout en précisant que «rarement des images communiquent une si profonde connexion avec le lieu».

Le CGRI et Xavier Canonne ont eu la main très heureuse et l'on s'en félicite car voilà quand même pas mal d'années que nous disons très haut mais avec trop peu d'échos la valeur de ce travail foncièrement original. Enfin une très belle récompense en plus de celle d'une sélection pour Santiago du Chili.

A signaler qu'en ce moment, de retour du Brésil avec leurs sténopés géants, elles exposent à Paris. Mais à propos, où exposent-elles en Belgique et quel musée les a déjà invitées, seront-elles seulement à Art Brussels ? Il y a des occasions à ne pas manquer. Pour sûr, le musée de la Photographie de Charleroi le fera prochainement.

Cartsen Höller. Une exposition à Marseille. Musée d'art contemporain, 69, av. d'Haïfa, Marseille. Jusqu'au 13 février, de 11 à 18h, sauf lu.

Felten - Massinger, galerie Chomette, 24, rue Beaubourg, Paris. Jusqu'au 2.02.

© La Libre Belgique 2005