Arts et Expos

À l’occasion de la sortie de son livre "Police", Sébastien Van Malleghem expose une trentaine de tirages chez Caravan’sérail. Des beaux tirages en noir et blanc très contrastés. Même si au premier abord on est surpris par leur densité, on se rend vite compte qu’il s’agit là d’un choix radical certes, mais juste et pertinent.

En fait, le jeune photographe bruxellois du collectif Caravane a choisi très intelligemment de tirer ce qui au départ était un simple reportage vers un travail d’auteur au plein sens du terme. C’est-à-dire qu’au lieu de se contenter - ce qui n’était pourtant déjà pas si mal - de relater le quotidien de la police, il s’est décidé à faire une sorte de pas de côté esthétique. Une manière habile de prendre un peu de distance avec la seule brutalité des faits et des circonstances.

C’est particulièrement bien vu dans la mesure où ceci n’est pas - loin s’en faut - le premier essai photographique consacré aux "flics". Comment ne pas penser à celui - classique des classiques - réalisé par Leonard Freed sur la police new-yorkaise en 1980. Ou bien encore aux images fortes d’Eugene Richards sur le sujet ? Comment ne pas penser à Weegee au moment où une formidable exposition lui rend hommage actuellement au FoMu d’Anvers ? Nul doute d’ailleurs que toutes ces références ont dû le hanter. Nul doute également que cela ait joué dans le long processus de maturation de cet opus.

À cet égard, bien conseillé par Emmanuel d’Autreppe pour l’édition du livre, Van Malleghem s’est donné encore plus d’ouvertures en ramenant dans la sélection, des photographies qui n’ont pas été prises dans le contexte policier. Cela fait véritablement basculer l’ensemble vers une sorte de poème noir, vers une photographie à fleur de peau dégagée du factuel.

Sorties par le haut de leur contexte de faits divers, les anecdotes prennent le plus souvent un tour déjanté. Comme par exemple, lorsqu’on voit des agents s’occuper de nuit d’un gars complètement bourré déguisé en panda. C’est ici qu’il faut poser la sempiternelle question "mais que fait la police ?". Cela vaut son pesant d’or surréaliste et un bel éclat de rire dans ce livre plutôt crépusculaire. Un soulagement en tout cas car comme le dit très justement Anne Gailly dans la préface : "Explorer cet univers dénué de compromis ne laisse pas indemne". Et d’ajouter à propos du photographe : "Intransigeant, il impose la conciliation du regard avec nos propres zones d’ombre et de lumière, nos propres espaces mentaux et émotionnels." Et si c’était de nous dont tout cela parlait ?

"Police", photographies de Sébastien Van Malleghem. Bruxelles, Maison Caravan’sérail, 47, rue Lesbroussart.. Jusqu’au 15 décembre, du jeudi au samedi, de 14h à 19h. Le livre : éditions Yellow Now, Côté Photo/Angles vifs, 128 pages, 90 photos, 25 €.