Qui a peur de la peinture ?

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Tant elle est présente dans les ateliers de jeunes artistes, il n'est plus possible de l'évincer des expositions comme ce fut le cas pendant des années. Elle était pourtant restée bien vivante mais malheur à celui qui osait encore la pratiquer ou la défendre ! Une génération en a fait les frais et comme il n'est jamais aisé d'endosser une erreur, surtout collective, le temps sera encore long avant la reconnaissance.

Elle ? La peinture bien évidemment dont, et voilà bien un signe du temps, la prochaine biennale de Venise se préoccupera, et pour laquelle un nouveau prix a été institué. Le prix Ariane de Rothschild décerné à Bruxelles conjointement à l'organisation d'une exposition d'artistes sélectionnés pour concourir.

Vu l'étonnement d'y rencontrer de la vidéo, des installations, un amoncellement de coquillages (Freek Wambacq), toutes techniques non picturales, il est précisé que "la philosophie de la peinture peut s'étendre à la photographie, à la vidéo et au spectacle". Autrement dit tout est peinture, d'autant plus "qu'aux traditions de la peinture classique (sic) est associé un nouveau lexique (...). Le champ s'élargit, il devient hybride." Plutôt que de vouloir à tout prix associer toutes les techniques à la peinture, ne serait-il pas plus simple d'instituer simplement un prix arts plastiques ? Car enfin tout n'est pas peinture même si son spectre s'est élargi. Et, même si certains paramètres s'y retrouvent inévitablement comme en toute pièce plasticienne, même si la peinture peut être son sujet et hormis toute notion de qualité, une vidéo n'est pas une peinture et n'est pas traitée comme tel. De même pour d'autres formes d'expression plastiques.

Pourquoi la peinture effraie-t-elle à ce point qu'il faille absolument la sortir de son créneau ? Parce qu'elle est un incroyable et permanent défi ! Sa difficulté aujourd'hui face notamment au dictat de la nouveauté conduit la plupart du temps à son évitement, à son contournement. Mais comme on connaît sa force et qu'elle est irremplaçable, il faut malgré tout l'inclure comme c'est le cas en parlant de sa philosophie.

Quoi qu'il en soit, il est une exposition comprenant quatorze sélectionnés (nés entre 67 et 81) par un jury belge et, parmi eux, un artiste primé par un autre jury international. Quant au prix il consiste en une résidence de formation de six mois à Londres à la Slade School of Fine Art.

La plupart des artistes sélectionnés sont effectivement des peintres à part entière qui œuvrent, et quoi de plus normal, dans la tendance bien actuelle d'une écriture picturale située entre être et devenir, entre formulation et déstructuration, entre 'bad painting' volontaire d'un anti-esthétisme et maîtrise mâtinée de spontanéité, pour aboutir à des images souhaitées affranchies d'un siècle et demi de modernité. C'est le cas principalement des Charlotte Beaudry, Jean-Baptiste Bernardet, Sofia Boubolis, Annick Lizein. Chacun d'eux, au sein de leur peinture distillent évidement des propos personnalisés et font montre de préoccupations picturales diverses, centrées tantôt sur l'image, sur les mots, sur les frontières entre abstraction et figuration, sur l'art.

Un Jean-Luc Moerman s'écarte de cette ligne avec sa grande peinture miroitante et changeante chromatiquement, elle est d'une conception technique remarquable tout en véhiculant le graphisme identitaire de l'artiste.

Bien qu'intimement associées à ses deux installations lumineuses, les peintures de Fabrice Samyn pourraient être qualifiées de plus classiques, par leurs références et par leur type de traitement. Par contre un Léon Vranken repose à sa manière la question du geste pictural, de la fonction de la peinture, de son application. Le pinceau de Toroni a été remplacé par le rouleau. Quant à Benoît Plateus, il poursuit ses investigations sur le statut des images en peignant des pages de BD dans lesquelles s'insèrent des images collées, perturbatrices.

Aux propositions de Ante Timmermans, de Adam Leech (dont la vidéo est superbe) et de David Neirings on préférera la démarche très approfondie de Stephan Balleux qui, en peinture précisément, inclut l'intervention d'autres techniques. Il y a là une manière particulièrement subtile, intelligente, novatrice, d'investiguer le champ pictural dans un mélange de figuration, d'abstraction, de narration, de références, en utilisant les outils traditionnels et les technologies actuelles. Subsiste le lauréat, Mekhitar Garabedian, auteur d'une installation évoquant le croisement des cultures. Mais la peinture ?

© La Libre Belgique 2008
Claude Lorent

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