Arts visuels

Voilà quelques années déjà que Rainer Gross (Berlin, 1953), sculpteur allemand qui vit en Belgique depuis plus de trente ans, s’inscrit avec superbe et détermination dans l’espace à la faveur d’invitations qui, de Bruxelles à Noirlac, l’auront amené à déployer ses architectures de bois à la Grange du Faing, à Jamoigne; au Château de Jehay, à Beveren; à Overijse, et puis au massif du Sancy, à Gréoux-les-Bains; au Domaine de Chaumont-sur-Loire, au Centre d’art contemporain du Luxembourg belge; à Melle, en France; enfin, cet été à l’abbaye de Noirlac. Un parcours qui en dit long sur l’implication que cet artiste réussit à si bien imprimer dans les lieux visités que les invitations se succèdent désormais à rythme accéléré.

La dernière en date, visible jusqu’à dimanche dans le Cher, en France, a même donné lieu à l’édition d’un catalogue qui impressionne, parce que si le texte de Jean-Jacques Salgon cerne bien un travail qui se vit à l’intérieur même de ses déploiements, la conclusion de l’écrivain vaut son pesant d’or : "Alors mêlé au souffle du vent, au bruissement des feuilles et aux cris des oiseaux, il m’a semblé durant un court instant entendre quelque chose comme le chant du monde et devant ce grand vaisseau rouge échoué parmi les branches d’un tilleul trois fois centenaire, j’ai cru entrevoir quel sens Rainer Gross pouvait vouloir donner au mot art." Alors qu’aujourd’hui le marché de l’art nous fait souvent prendre des vessies pour des lanternes et s’extasie devant les lattis de bois juxtaposés d’Arne Quinze, le travail en osmose avec l’espace d’un Rainer Gross offre de bien plus subtiles immersions.

Les prises en charge récurrentes, sublimées, d’un plein air rigoureusement choisi et qui, revisité et transfiguré par des lattes brûlées ou polychromes, en spirales ou en circonvolutions tentaculaires, se dédouble et confond la vision que nous pouvions en avoir précédemment. Au point de rendre l’installation éphémère de Gross désormais quasi indispensable à son environnement De pierre, dans le cas d’un dialogue dans l’abbaye même, d’espace naturel quand le sculpteur dialogue avec l’univers arboré des champs d’un monde qui ne se prend point la tête.

Abbaye de Noirlac, centre culturel de rencontre, 18200 Bruère-Allichamps (Cher). Jusqu’au dimanche 19 septembre. Infos : www.abbayedenoirlac.fr