Arts et Expos Solo d’œuvres inédites de Johan Muyle chez Uhoda à Knokke.

Alors que les galeries d’art bruxelloises prennent du repos pendant la période des fêtes, des enseignes de Knokke confirment leur attrait pour l’art contemporain de qualité et restent ouvertes. La promenade artistique côtière vaut le déplacement et réserve de belles surprises ! Parmi elles, la galerie de Yoko Uhoda (Liège/Knokke) qui propose une expo monographique de l’artiste liégeois Johan Muyle (Charleroi, 1956), auteur d’une série de nouvelles sculptures.

Hors du temps

Partir d’une copie en plâtre d’une sculpture estimée remonter au Ier siècle après J.-C., association d’un corps de la statuaire grecque et d’une tête romaine et figure reprise en bronze au XIXe siècle par un sculpteur français, la mécaniser, la transpercer d’une flèche dorée et la poser sur une civière d’ambulance, est une démarche créative complexe qui comprime le temps, qui mixe les cultures, place au centre l’être humain et parle de la souffrance et de la violence. Cette œuvre, blanche, pure, devient, par le traitement du sculpteur d’aujourd’hui, le reflet tragique de la condition humaine traversant les siècles et gagnant le monde globalisé. A travers les différentes réalisations sculpturales exposées, Johan Muyle livre des visions personnelles, artistiques, à la fois sociales et politiques, issues de constats de la situation de l’humain sur notre planète. Hic et nunc et depuis des siècles. La pluralité des composantes de chacune de ces œuvres qui vont d’une Harley Davidson customisée à une carte porte-bonheur chinoise, de billets de banque examinés au détecteur de faux à diverses sculptures, multiplie les symboliques, les références, les strates de lecture, les interprétations potentielles et engage sur des voies métaphoriques omniprésentes.

Réflexions

Que des billets de banque à l’effigie de Mao, Lénine ou Marx se voient frappés en lettres d’or de la sentence "un monde dans lequel avoir est être" ou qu’une "Pleureuse" nue dont la tête est couverte d’un tissu, égrène, très lentement, dans son dos, le temps, ne permet nullement l’indifférence et résonne à tous les temps du passé, du présent et du futur. Toutes ces œuvres dont les évocations sont légion et qui jouent de l’effet miroir et donc de la réflexion/réflexion, sont des questionnements (sans réponse morale) qui interpellent l’humain. La méticulosité de leur réalisation, le sens ajouté par chaque composante dont aucune n’est gratuite, les réactions qu’elles engendrent jusqu’aux émotions, en font des œuvres de premier choix d’un art contemporain expressif, conscientisé, axé sur des valeurs humaines.Claude Lorent

Johan Muyle, "De Spinario - Le tireur d’épine", Galerie Yoko Uhoda, Zeedijk 723, 8300 Knokke-Heist. Jusqu’au 14 janvier. www.yoko.uhoda@gmail.com