Relations de l'homme et de la nature

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Honoré du Prix Européen du projet Culturel 2008, l'Espace de l'Art Concret de Mouans-Sartoux est un ces lieux uniques, magiques et incontournables du Sud-Est de la France car, ancré dans le contemporain, il offre une spécificité rare marquée par un large esprit d'ouverture, le tout dans des lieux particuliers et un cadre des plus agréables. Pas loin mais distant de la foule côtière.

L'actuelle exposition temporaire dans la galerie du château est un exemple très parlant de l'attachement à l'abstraction dite concrète tout en ouvrant l'horizon sur d'autres orientations répondant à la thématique traitée reliée au lieu par le jardin réorganisé et aménagé par Gilles Clément et le parcours exposition qui s'y tient. On joindra évidemment une visite obligatoire à la collection de Sybil Albers et Gottfried Honeger dans le nouveau musée situé en contrebas dans le parc. Un tout de qualité en harmonie paisible avec la nature environnante et le coeur ancien d'une ville conservant sa mémoire associée à la modernité.

Quels liens les hommes entretiennent-ils avec la nature et comment l'art contemporain en témoigne-t-il est le fil rouge ténu de l'actuelle exposition temporaire internationale qui s'ouvre avec une évocation des jardins à la française, issu de l'Italie renaissante, du domaine du château de Versailles. La nature y est totalement dominée, maîtrisée, maintenue en des ordonnances autoritaires. Signes de pouvoir. Point de chaos, point de sauvagerie, point de nature au naturel. Et c'est entre ces deux pôles antagonistes que se décline l'exposition caractérisée d'emblée par les photographies de Jean-Luc Moulène et celles de la domestication de Darren Almond. Et l'on pourrait passer directement à cette triple vidéo assez époustouflante du toujours excellent Melik Ohanian montrant le Mars Desert Research Station installé aux Etats-Unis dans une petite ville de l'Utah, Hanksville, et simulant la géologie et les paysages de la planète rouge en vue d'étudier la possibilité de s'y installer dans un avenir extraterrestre. On passe de la sorte de la planète Terre à l'univers également abordé par les photographies de ciels de nuits étoilées de Renaud Auguste-Dormeuil, auquel il adjoint des faits historiques précis. Etudes, réalités, prospections, interventions humaines se mélangent ainsi dans cette approche multidirectionnelle de la nature considérée par l'homme.

Land Art et Arte Povera

Sans qu'ils en soient le sujet, le Land Art et l'Arte Povera ne pouvaient être ignorés de la Spiral Jetty de Robert Smithson, des marches de Hamish Fulton au pin sculpté par Giuseppe Penone alors que, dans le cadre des préoccupations actuelles, il est tout à fait opportun de rappeler le geste conscient et engagé de Joseph Beuys en 1982, s'engageant lors de la Dokumenta de planter 7000 chênes : un visionnaire !

On pointera encore le pollen de Wolfgang Laib, les oeuvres en cristaux de Hubert Duprat, les vidéos de Valéry Grancher croisant nouvelles technologies et pratiques des indiens Shiwiars. Une suite d'entrées insolites et pertinentes en notre univers.

Claude Lorent