Arts et Expos

Après travaux de rénovation, le Musée d’Art Contemporain d’Anvers renforce l’accueil du public et redéfinit ses missions. Il organise la gratuité de visite aux icônes flamandes et internationales de la collection par une expo permanente. Il voit le futur dans une expansion architecturale du musée.

Musée phare de la Communauté flamande, le Muhka anversois transformé est l’un des premiers actes majeurs d’une campagne culturelle qui vise à mettre en valeur les « grands maîtres » de l’art du Nord du Pays. Dans ce cadre il est prévu en Flandre, à venir, une grande exposition Rubens et une autre consacrée à Jan van Eyck. En primeur, le Muhka vient de profiter de la manne du ministre flamand du tourisme, Ben Weyts, pour assurer une bonne part du budget de transformation architecturale du lieu qui deviendra ainsi « un ambassadeur international de la culture visuelle flamande ». Le but est d’attirer un large public international intéressé par l’art et la culture, mais surtout, comme le précise Bart De Baere, directeur du musée, « de faire du Muhka un espace social pour le long terme, adapté aux missions d’un musée à la fois important localement et en lien avec le monde ».

Une richesse historique

Dans cette perspective, le projet en place mise sur l’aura historique de la ville d’Anvers et sur le rôle qu’elle a joué intensément dans le domaine de la création artistique contemporaine au cours de la seconde moitié du 20ème siècle avec les Panamarenko, Beuys et autres Gordon Matta-Clark, Jimmie Durham et James Lee Byars. Sans compter qu’Anvers fut, semble-t-il, la première ville où s’ouvrit, au 15ème siècle, un lieu consacré au marché de l’art, soit les prémisses des galeries postérieures. « Le fait d’être un port a ouvert la ville sur le monde », ajoute Axel Vervoordt, le designer auteur de la rénovation actuelle. Cette « qualité artistique anversoise », Bart De Baere a souhaité la mettre en valeur et la développer « en insistant sur l’importance de la mémoire et de ce qui se vit à Anvers ». Actuellement, surenchérit Tatsuro Miki, architecte des transformations, « alors que tout va très vite et que le virtuel occupe une place importante, on ressent aussi le besoin de se refixer sur du contenu, de revenir à la matière et de préserver la richesse acquise ».

Un accès libre

C’est dans cette optique que les modifications architecturales ont été pensées et considérées comme nécessaires. Le lieu se veut désormais accueillant et libre d’accès au niveau du rez-de-chaussée où a pris place une salle de lecture avec sa grande table entourée d’une vaste bibliothèque, où un espace a été réservé à un bref aperçu permanent de pièces maîtresses de la collection et où d’autres salles sont consacrées à des aspects particuliers de cette collection riche de plus de 4500 pièces, des années septante à aujourd’hui. « On a voulu créer un lieu de rencontre », ajoute Axel Vervoordt « et donner envie au public de se rendre au musée sans raison particulière ».

L’indispensable mémoire

La collection permanente est disposée dans un espace modeste, sombre, dans lequel l’éclairage se porte sur des artistes considérés comme emblématiques, tels les Jan Fabre, Panamarenko, Cady Noland, Thierry De Cordier, Ily & Emilia Kabakov, Jef Geys, Pistoletto, Jan Henderikse (groupe ZERO), ainsi que la jeune Otobong Nkanga récente lauréate du Belgian Art Prize. Cet ensemble constitue un point de référence des artistes régionaux imbriqués dans la sphère internationale. D’autres œuvres sont présentes dans la bibliothèque, notamment de Koen van den Broek, Luc Deleu ou Marlow Moss. Dans les salles adjacentes sont proposées des acquisitions récentes et des mises en dialogue de certaines œuvres. Enfin, un espace a été réservé au Centre des Archives d’Art de Flandre, « un outil indispensable pour la mémoire de ce qui s’est passé en Flandre et à Anvers, » selon Baert De Baere, qui espère « que ce soit une incitation à ce que des artistes et des lieux déposent à leur tour leurs archives », comme l’ont fait l’ICC, Panamarenko et la succession Hugo Roelandt. Un espace adjoint, actuellement consacré à un vaste projet de 1991 de Jef Geys, proposera régulièrement d’autres présentations sur base d’archives.


Un projet d’extension muséale indispensable

Entreposée en réserve, la collection devrait disposer d’un lieu permanent.

Malgré cette restructuration, le musée qui continue à consacrer les salles de l’étage et l’In Situ à des expositions temporaires de diverses envergures est à l’étroit dans ses murs. Sur ce point Baert De Baere est impératif. « Pour que les richesses de notre collection puissent être mises en valeur, il est nécessaire de prévoir un nouvel espace qui lui serait entièrement consacré avec missions muséales. La rénovation actuelle n’est qu’une étape, nous devons poursuivre dans une voie d’extension à laquelle nous réfléchissons dans le prolongement des travaux effectués. Il existe des possibilités de proximité, soit dans un autre bâtiment, soit sous forme d’une extension. Ce projet », insiste-t-il, « est une nécessité absolue pour la vie du musée ! Il doit se réaliser ! ». Le dispositif actuel de la collection permanente n’est en effet qu’un mini échantillonnage des richesses.

Axes mondiaux et de proximité

Largement internationale et réservant une belle part aux artistes flamands, la collection corrige aussi une orientation initiale très occidentale. « Au cours des années 1970 et 1980, il s’est manifesté », estime le directeur, « une peur de l’Est. Le monde a changé, on ne peut ignorer ces régions, d’où notamment la relation avec la Fondation V-A-C de Moscou et les artistes russes. Le projet pour le futur doit développer également l’axe asiatique qui est déjà bien engagé. Mais on doit aussi renforcer nos relations dans le pays. Liège est une ville voisine et un artiste comme Lizène a quelque chose d’Anvers car c’est ici, au Muhka que fut organisée sa première grande rétrospective. Je regrette aussi le clivage actuel avec Bruxelles qui historiquement fut toujours en relation avec Anvers. Pour marquer ce trait d’union, nous organisons en octobre prochain, en commun avec le BPS22 de Charleroi, un partenaire, une exposition intitulée « Super démocratie. Le sénat des choses ». Un titre en référence aux propos du sociologue Bruno Latour et une expo qui, pour chacun des 15 thèmes traités relatifs aux missions du Sénat, fera dialoguer artistes francophones, flamands et issus de la diaspora. L’art contemporain créera, au sénat, des liens entre la Wallonie, Bruxelles et le monde. Tout un symbole ! (C.L.)


A savoir

Où ? Muhka, Musée d’Art Contemporain d’Anvers, Leuvenstraat, 32, 2000 Anvers. Du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi ouvert jusqu’à 21h. www.muhka.be

Les expos temporaires. « Urgent Conversations : Antwerp-Athens » (jusqu’au 25.06), Evgeny Antufiev, « Immortality Forever » , et Peter Wächtler (jusqu’au 03.09), « A Temporary Institute of Futures Studies » (jusqu’au 17.09).

Publications. Guide du musée (fr, nl, ang), gratuit. « Golfoorlog 1991 », Jef Geys (nl). « Beuys, Broodthaers, Byars in Antwerpen » (ang).

Expos à venir. Joseph Beuys (06.10.17-21.01.18), Anne-Mie van Kerckhoven (2018), Sanguine. Luc Tuymans on Baroque (2018), Marcel Broodthaers (2018/2019), Laure Prouvost (2019), Artists’ Museum (2019), James Lee Byars (2019/2020).