Arts et Expos

Apparu aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle, le mouvement luministe rassemblait des peintres paysagistes qui, rompant avec des représentations grandioses, voire spectaculaires de la nature, s’attachaient à rendre avec nuance les lumières des différentes heures du jour qui la baignaient. Dans ce sens, on pourrait dire du photographe américain Joel Meyerowitz qu’il est un luministe.

L’atmosphère des lieux

Dans la rétrospective que lui consacre actuellement le Botanique, cela saute aux yeux dans les images de la série "Cape Light" dont la publication en 1978 fut un best-seller (150 000 exemplaires). Ses vues du cap Cod, particulièrement de l’architecture balnéaire de cette région du Massachusetts, rompent avec la grandiloquence des paysages de prédécesseurs tels qu’Ansel Adams ou Edward Weston. Certes, pour ce travail, il s’était mis à utiliser comme eux une chambre grand format qui prédispose au regard ample, cependant, le fait de la charger avec du film couleur et de photographier surtout le vernaculaire produisit quelque chose de tout à fait neuf dans le monde de la photographie. Bien plus que montrer des piscines, des motels ou des snacks à la tombée du jour, le photographe parvenait à faire ressentir l’atmosphère des lieux comme rarement on y était parvenu avant lui. Et la technique n’y était pas pour rien. La Deardorff 8x10 requérait des temps de poses longs et donc de photographier sur pied. D’où ces vues sans présence humaine qui donnent au spectateur l’impression de ballades solitaires, par exemple par un soir d’été, lorsque les lumières vives des drugstores et des enseignes lumineuses tranchent sur le bleu du ciel entre chien et loup.