Rigueur sculpturale et baroquisme pictural

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

L'exposition marie l'eau et le feu, le froid et la chaleur, la rigueur calculée et les élans maîtrisés, l'abstraction et la figuration. Les antagonismes apparents s'associent le temps d'une exposition pour le meilleur. Lui est français, peintre hautement reconnu; elle est belge, appréciée par les amateurs d'arts insoumis aux vagues des tendances. Les oeuvres de Jean- Pierre Pincemin et Nic Joosen se rencontrent harmonieusement en cette exposition bruxelloise riche de nombreux travaux.

C'est le métal, l'acier corten en général que Nic Joosen utilise pour ses sculptures monumentales ou de taille domestique pour des intérieurs. Son credo est la rigueur, la ligne et les angles droits de préférence; la courbe plus rarement, mais régulière. Pourtant la vie et même parfois le mouvement dominent ces volumes qui appartiennent à l'abstraction construite mais hors de tout systématisme. Les emboîtements, les juxtapositions, les déboîtements, le jeu des complémentarités, les découpes et les vides, contredisent tout statisme et apportent une variété donnant une identité nettement distinctive à chaque membre de cette famille où le modèle de base rectiligne n'existe finalement que pour n'être suivi que dans l'esprit. Celui de sobriété qui guide l'ensemble et se perçoit d'une pièce à l'autre.

Très différent est l'univers du peintre Pincemin qui joue de tous les registres rappelant par là que la peinture et l'art ne sont pas une question de style, de figuration ou d'abstraction, mais relèvent de la qualité d'un langage et de son contenu. Aussi passe- t-il allégrement, mais sans aucun effet démonstratif, de très grandes toiles non figuratives, rigoureusement et géométriquement structurées, à des compositions imagées ou pas mais laissant libre court au geste dans une certaine saveur baroquisante. Bien que les traitements soient différents de part et d'autre de ce qui n'apparaît cependant pas comme des frontières, le vrai lien de l'ensemble du travail serait la sensualité des matières et la rareté des teintes utilisées, même des noirs et des blancs. Pincemin dit aussi que le motif n'est pas la peinture, il la nourrit tant dans la figuration que dans l'abstraction, il lui impose des contraintes que le peintre doit supplanter en créant hors de toute docilité convenue et donc en dépassant les attentes, mais l'essentiel réside dans cette alchimie qui parvient à faire exister et vibrer un monde à chaque fois unique, éminemment sensible, toujours inconnu malgré les références et ne livrant jamais totalement son mystère.

© La Libre Belgique 2004

Claude Lorent

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