"Roadshow" sur l’avenir des musées

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels Analyse

L’avenir de nos grands musées fédéraux et, plus largement des dix établissements scientifiques fédéraux (les ESF, avec la Bibliothèque royale, l’Observatoire royal, etc.) se trouve largement écrit dans le "Contrat d’administration 2012-2015" signé en juillet par le ministre de la Politique scientifique Paul Magnette et le président de son administration, Philippe Mettens.

Le point le plus chaud est la création de "Pôles" regroupant des ESF, les fusionnant. Et c’est, avant tout, le Pôle Art qui défraye la chronique.

Ce lundi, Philippe Mettens viendra défendre ce contrat de 93 pages et l’expliquer dans le grand hall du musée du Cinquantenaire, devant le personnel réuni des trois entités (600 personnes au total !) appelées à fusionner sous un même directeur général : les musées royaux des Beaux-arts, ceux d’Art et d’Histoire (Cinquantenaire) et l’Irpa (Institut royal du patrimoine artistique). On sait qu’à l’Irpa, les inquiétudes restent vives face à ce projet dont on craint parfois qu’il ne consiste qu’à annexer une entité qui va bien, pour (quasi) la démanteler (lire la critique du "Pôle Art" par un ancien de l’Irpa, Denis Coekelberghs, sur le site de la "Tribune de l’art" : www.latribunedelart.com).

Dans le Contrat d’administration, il est écrit qu’au sein du "Pôle Art", l’Irpa garderait des "missions de conservation et restauration et, surtout, de recherche en Histoire de l’art". L’Irpa serait responsable de l’iconothèque et des bibliothèques du Pôle et on n’exclut pas d’amener à l’Irpa du personnel et des moyens nouveaux pris sur les autres entités. Il n’est pas sûr que cela suffise pour apaiser les craintes.

On ne sait toujours pas quand le ministre lancera l’appel à candidatures pour les nouveaux postes de Directeur-général au Pôle Art et au Pôle Espace. On étudie toujours le profil de fonction. Il faudra voir aussi si le départ de Magnette pour Charleroi à la fin de l’année viendra perturber tout ce processus, surtout si son successeur a d’autres visions du secteur.

Michel Draguet qui dirige déjà le musée des Beaux-arts et celui du Cinquantenaire (ad interim) est cité comme favori pour le poste de DG du Pôle Art. Il est justement ces jours-ci à Berlin pour y étudier comment les différents musées de la ville se sont unis et ont échangé partiellement leurs collections pour créer l’île aux musées.

De nombreuses questions sont pendantes, et en particulier celle du financement de ces projets de big-bang muséal. Est-ce possible sans affecter les tâches importantes actuelles de ces musées (y compris scientifiques) ? La réforme en cours est-elle destinée à faire des économies d’échelle (le gouvernement en cherche) ou doit-elle réaffecter des moyens dans une enveloppe laissée constante ?

Il n’y a toujours pas de date et de plan précis pour la réouverture du musée d’Art moderne fermé depuis 1,5 an. Il y a quelques jours, "De Morgen" laissait entendre que les plans avaient à nouveau changé. Alors qu’au début de l’année, un rapport avait dit que le lieu était "inadéquat" et que le coût était trop élevé, le musée d’Art moderne pourrait quand même s’installer assez rapidement au Dexia Art Center, ex-établissements Vanderborght, près de la Grand-Place. On y créerait le "Modern lab" qui préfigurerait le futur musée à construire, mais sur lequel le plus grand flou existe encore.

Chez Paul Magnette, on précise que rien n’est décidé et qu’on étudie toujours les implications, surtout financières, des choix possibles. La rigueur budgétaire n’aide évidemment pas à créer de nouveaux musées. De plus, la proximité des élections communales (le Dexia art center dépend de la ville de Bruxelles) n’aide apparemment pas à faire toute la lumière sur l’avenir du lieu.

Rappelons que Paul Magnette avait d’abord annoncé, dans "La Libre", qu’on redéploierait provisoirement le musée d’Art moderne (en attendant le futur nouveau musée dans 10 ans sans doute) dans les "Extensions" du musée des Beaux-arts, des salles vides en attente d’importants travaux de rénovation par la Régie des bâtiments. Il est donc possible, mais pas décidé, qu’on changerait de stratégie pour déménager immédiatement au Dexia center.

Mais alors, qu’en sera-t-il du projet de déménagement du Musée des instruments de musique (Mim) vers le même Dexia art center? Le Mim est situé dans un magnifique bâtiment Art nouveau (ex-Old England) près de la Place royale et il vient de se doter d’un nouveau système de sonorisation, à la plus grande satisfaction des visiteurs. Mais le Contrat d’administration annonce que le Mim devrait à terme, aller aussi au Dexia art center pour y créer "une cité de la musique" en liens avec la Monnaie qui y installerait des salles de répétition. Le bâtiment actuel du Mim étant alors libre pour devenir un futur musée de l’Art nouveau regroupant les collections du Pôle Art et de la Bibliothèque royale en la matière.

On sait d’autre part que le musée "Fin de siècle" ne s’ouvrira qu’en mai prochain (retardé entre autres à cause de l’expo Jordaens qui s’ouvre en octobre). Mais, selon le contrat d’administration, on devrait alors s’atteler à créer un autre musée, le "Flamminghi museum" (ou "musée de l’héritage flamand") qui regrouperait à la rue de la Régence, non seulement les tableaux actuels mais aussi des trésors venus de la Royale (cartes et Bibliothèque de Bourgogne) et du Cinquantenaire (les retables).

A nouveau, des projets qui susciteront encore bien des questions que le roadshow voudrait éclaircir.

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