Se défaire des clichés

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Il fait partie des artistes africains contemporains à avoir participé notamment à Africa Remix au Centre Pompidou à Paris. Hassan Musa (Soudan, 1951) vit néanmoins en France depuis de nombreuses années. Plasticien, il est aussi écrivain, conférencier. Pour sa seconde exposition personnelle à Bruxelles, il montre une série de peintures impressionnantes, par le format, par le support et par le contenu.

Si le mot engagé veut encore dire quelque chose aujourd'hui, il prend tout son sens ici. Non justement que Musa se porte en défenseur d'une idée, d'un mouvement, d'une idéologie, d'une tendance artistique, d'une vision politique, d'une identité ou de toute autre raison pour lesquels on voit surgir tant de prosélytes de fausses vérités.

Sur des grands tissus libres, souvent irréguliers, sans cadre et d'origines diverses repérables par les motifs ou la texture : Afrique, Europe, Asie, parfois même patchworks cousus, il peint. Le support est déjà un mixte du monde qui peut prendre des allures particulières de tapisserie, de drapeau ou, par exemple, de croix. Et les références commencent déjà à se multiplier, à se croiser, à s'entrechoquer. Il y a un peu de friction dans cette peinture qui se réjouit de juxtaposer des images, des formes, des mots, des textes. Il ne peint jamais en toute innocence et provoque des rencontres quelque peu iconoclastes, bravant le temps, les circonstances, la géographie, pour la bonne cause de l'agitation des idées et de la régénération du regard. Il convoque la grande peinture héroïque et triomphaliste aussi bien Karl Marx en perdition sur le radeau de la Méduse dont il narre l'histoire authentique.

Ailleurs, Fragonard ou Millet ne sont pas loin, mais en usage incongru, non pour semer mais pour déminer, non pour faire admirer un beau nu féminin mais celui de Ben Laden égaré quelque part entre les drapeaux et autres sigles américains.

On l'aura compris, Musa n'est pas un tendre, il pose en les mélangeant adroitement et avec un pinceau bien aiguisé les questions qui ne relèvent pas précisément des clichés et du penser correctement avec le doigt sur la couture du pantalon. Il est africain mais il se montre surtout un citoyen du monde, averti et vigilent. Pas dupe !

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