Arts et Expos

Dernier volet des expositions dans le cadre de FranceKunstart, "Bruxelles, territoire de convergences" réunit dix plasticiens français ayant choisi, selon la formule, de vivre et travailler à Bruxelles. Puisqu’ils n’y sont point les seuls à résider en capitale belge, un Pierre Bismuth ou un François Curlet entre autres n’étant pas de la partie, les participants relèvent d’une sélection des deux commissaires. Ils ont apparemment rassemblé des artistes qui bousculent les genres, les catégories, les techniques et multiplient les terrains d’approche, passant de la sculpture à la photo, de la peinture à l’installation. Pour s’en rendre compte et avoir une vision plus large du travail de chacun, on visitera sans faute la part II déployée à la galerie Les Filles du calvaire.

Il est une autre caractéristique générale des artistes regroupés, ils sont tous plus ou moins impliqués dans les approches les plus actuelles de l’art, portant sur l’image, sur l’objet, voire la peinture, en des tentatives de reformulation d’une modernité à la fois dépassée et en même temps toujours très présente. Son contournement est difficile et lui faire front encore davantage. Dès lors, les biais ont la préférence, par la légèreté ou l’affirmation (plus rare), par le ludique ou par la séduction.

Malgré ces affinités qui tiennent davantage d’un état d’esprit créatif et d’un air du temps, il n’est guère d’autre moyen possible que de considérer les individualités tout en soulignant l’agréable aspect d’ensemble que donnent les deux expositions, l’une jouant sur la distance, l’autre sur la concentration.

D’emblée, au musée, le regard est porté, ce qui n’est pas habituel, vers le haut. Des épanchements chromatiques d’un rose bien affirmé, se manifestent au niveau du second balcon. Initiative de Léopoldine Roux. Ces masses informelles s’intègrent parfaitement tout en jouant, non sans un clin d’œil, les perturbatrices au sein d’une architecture sage et rectiligne. En galerie, l’artiste travaille pour la première fois, sur papier, avec la présence humaine et donne un sens particulier à ses taches chromatiques.

La peinture à la fête

La couleur est d’ailleurs un élément fort présent. Les diapositives projetées ou les photos en galerie d’Isabelle Arthuis, des images superbes magnifiant la notion du beau un peu romantique, fonctionnent totalement sur une primauté chromatique, par une ambiance presque monochrome, nuancée mais forte par l’intervention fréquente de la lumière solaire, d’un feu, d’un spot

Dans ses petits tableaux ou les couleurs débordent volontiers du cadre dans leur générosité, Emmanuelle Villard y va audacieusement et en pleine jouissance du côté des tonalités vives, acidulées et épaisses comme des bonbons bien sucrés. En grands formats, dans des tonalités plus apaisées, à l’instar d’un Malaval ou d’un Coppée, elle saupoudre l’ensemble de paillettes miroitantes. La peinture est à la fête.

Autre versant chez Xavier Noiret-Thomé qui manipule les brillances et matités de l’argent dans des peintures frôlant l’objet par le relief, qui met parfaitement en situation un format monumental sur lequel il impose le mot tiroir "opéra" à prendre en sens divers, qui charge de formes variées et de couleurs puissantes d’autres tableaux, amalgames aux accents franchement baroques. Tout est permis pour autant que ce soit maîtrisé, stabilisé mais vivant.

Témoignages visuels

Du photographe Sébastien Reuzé on privilégiera nettement les tirages toujours un peu énigmatiques d’Inde ou d’ailleurs exposées à la galerie et l’on fera de même pour Lucile Bertrand et sa série sur l’apparition et la disparition. Avec Franck Christen et ses formats carrés photographiques, on se situe dans un rapprochement entre nature et trace d’intervention culturelle. Une suite de témoignages visuels.

S’il est une pièce à ne pas manquer c’est celle du trio Arthuis, Lionel Estève et Erwan Mahéo, qui fonctionne à merveille dans une adroite complémentarité. Chacun propose par ailleurs un travail personnel, Estève avec le sourire, Mahéo en variant les matériaux, les supports, les vocabulaires et en installation. Quant à Laurette Atrux-Tallau elle sculpte et photographie entre séduction, attirance et repoussoir piquant.

La galerie s’est réservé un joker personnel en confiant une salle à Jean-Baptiste Bernardet, autre Français de Bruxelles qui réexplore les potentialités de la peinture en puissant à toutes les sources de la modernité et des clichés qu’elle a parfois véhiculés.

"Bruxelles, territoire de convergences" . Musée d’Ixelles, 71 rue Jean Van Volsem, Bruxelles. Jusqu’au 1erfévrier. Du mardi au dimanche de 11 h 30 à 17 h.

"Bruxelles, convergence de territoires" . Galerie Les Filles du calvaire, 20 boulevard Barthélemy, Bruxelles.